Le pétrole va manquer ? qu’a cela ne tienne, nos industriels vont nous trouver des solutions, non ? Ils en ont plein dans les cartons, d’ailleurs, c’est à cause du lobby pétrolier que la voiture électrique n’a pas percée … c’est ce qu’on entends ici ou la sur les blogs ou ailleurs chez les scientistes, les continuistes, et autres économistes qui s’en tiennent a certains chiffres sans rien connaître des difficultés de la science et de la technique. Non, la voiture électrique n’est pas rentable, et ne le sera pas. Sauf percée technologique sur les batteries ou les panneaux solaires, mais ce n’est pas à l’ordre du jour.
J’essaye souvent d’expliquer qu’entre la découverte en laboratoire et le procédé domestique dans nos maisons, il y a un gouffre, qui souvent n’est pas rempli. Nous avons exploité un "filon" depuis la première révolution industrielle, celui de l’énergie "carbone" (que ce soit sous forme de pétrole, gaz ou charbon). Ce filon arrive à sa fin. Qu’est-ce que nous avons d’autre en stock au niveau scientifique ?
Pas grand chose en réalité. Ou en fait trop de choses … Nous cherchons une aiguille dans une meule de foin. Quel sera le prochain procédé énergétique miracle ? il est peut-être caché la quelque part parmi les millions de sujets que les scientifiques explorent, il y en a peut-être un ou 2 qui vont déboucher sur quelque chose dans … 10, 20 ou 50 ans ? pas facile de savoir. Pourtant les tentatives (et par conséquent les échecs) ne manquent pas.
Des solutions existent, c’est sûr. Mais des solutions au manque de pétrole ? des solutions rapide à mettre en place pour tout le monde ? ca c’est beaucoup moins sûr. Changer la structure énergétique d’un pays, ca ne se fait pas juste parce qu’on le décide. Il faut compter entre 30 et 50 ans. On ne pas passer des pompes à essence à des prises électriques juste par un coup de crayon. Il faut mettre en place toute une industrie de masse, des usines, des savoir faire, des réparateurs, des ingénieurs, des vendeurs, il faut former des gens, créer des écoles, des filières, etc…
La déplétion pétrolière constatée est de l’ordre de 6% par an, et sera suivi de peu par le charbon et le gaz (car pour les exploiter on utilise du pétrole). L’intensité énergétique s’améliore de l’ordre de 1% par an (au mieux) au niveau mondial. Ça signifie que chaque année on est capable de faire la même chose que l’année précédente avec 1% d’énergie en moins. Mais on a déjà mangé notre pain blanc, et les progrès suivant seront plus difficile. La croissance de la population et de 1.14% par an, ce qui compense nos gains. Donc, pour l’instant, on compense le déclin du pétrole "facile d’accès" par du pétrole "difficile d’accès". Mais cela ne durera tout au plus qu’une dizaine d’années maximum avant d’atteindre le pic définitif. Et à ce moment la, il faudra "être prêt"… car les choses iront très vite, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la fin du pétrole ne sera pas une pente douce.
Quelles sont les solutions pour continuer à "progresser" ? (et pour ne pas revenir à l’age de pierre)
Il y a tout un tas de procédés carbonés intéressants, mais qui ne permettent qu’un gain à la marge. Je fais un rapide survol, je ne rentre pas dans les chiffres. C’est juste pour montrer les axes de recherches … qui ne marchent pas. Attention, il faut faire la part des choses entre les solutions "simplistes" (et irréalistes) que nous vendent les politiciens, et parfois certains industriels en recherche de crédit, et le "la réalité économique" et industrielle. Ce n’est pas toujours facile de faire la part des choses, surtout a l’heure actuelle avec la sur-information. Il faut un minimum de bagage scientifique pour s’y retrouver. Du genre les kWh, les TEP, et quelques notions de rendement énergétique…
Après nous essayeront de voir ce qui pourrait marcher, et surtout, à quelle échéance. J’ai cherché déjà pour moi même des solutions "viables". Je n’explique pas tous ce que j’ai testé en détail, je fais juste un résumé :
- La gazéification ? utilisé pendant la guerre, abandonné ensuite. Moteur stirling ? abandonné pas assez rentable.
- Le solaire, éolien, sont soutenus par le pétrole, l’hydrolique déjà exploité. Le géothermique ? pour l’instant très marginal et le restera (pas dispo partout, compliqué).
- Le renouvelable ? bois ? non. Algue bleues ? non. Biofuel ? non.
- Nucléaire ? trop dangereux. Thorium ? premier prototype prévus dans 30 ans en Chine/Inde. Iter (fusion) ? pour la fin du siècle.
Ce qui est confirmé par divers chercheurs : compenser le déclin rapide du pétrole avec ce qu’on sait déjà faire, ce sera insuffisant :
Avec deux fois plus de centrales nucléaires, tous les toits de France couverts de panneaux photovoltaïques et thermiques, des centaines de milliers d’éoliennes, l’exploitation des forêts il n’y a plus que 30% de l’énergie à trouver.
Notez que même en poussant tout ce qu’on peut au maximum, il manque quand même 30% de l’énergie a l’appel. Et en plus, cette conversion il faudrait la faire très vite, en 10 ou 30 ans, pendant qu’il reste encore un peu de pétrole pour le faire.
Sur "TED", une plate-forme pour faire tourner les meilleures idées de la planète, j’ai regardé bon nombre de vidéos. Je vous garantie que les scientifiques sont tous très très inquiets. Ils parlent tous d’urgence, de changement radical et vital. Beaucoup viennent vendre leurs idées avec enthousiasme, cependant, les difficultés sont nombreuses. Les élites (scientifiques, pas politiques) sont conscientes du problème, et ils se creusent la tête, pour de vraie, pour éviter la catastrophe.
Qu’est-ce qu’on a sous le coude ?
- Hydrogène ? trop compliqué (pression, étanchéité). Ce n’est de toute manière qu’une pile améliorée.
- Batteries nouvelle génération ? trop coûteux pour l’instant sauf percée (batteries metal/air par exemple). Mais a base de métaux rares et très cher. Ça restera niche pendant un long moment.
- Exploitation minière de la lune ? trop risqué, mais théoriquement possible, d’ici quelques décennies.
- Reste pour l’instant : les OGM pour nourrir plus de monde avec moins d’engrais, pesticides, machines. Le terraforming pour contrer le réchauffement (déployer des nanoparticules dans l’air) mais très risqué. Trop.
- Les nano énergies ? il y a du potentiel. Les batteries qu’on cultive, peut-être. Les films transparents solaire, peut-être.
A quoi allons nous être confrontés ? Il faut bien comprendre, sans rentrer dans les détails, qu’entre une découverte en laboratoire et un procédé industriel rentable économiquement il y a tout un chemin de croix qui n’aboutit pas toujours. On a l’impression que c’est souvent le cas, parce que simplement, tout est basé sur la facilité que nous procure le pétrole et qui nous permet des milliers d’applications. Mais la, on remet en cause ce fondement …
Dans tous les cas, même s’il y a quelques avancées de ci de la, il reste, et même Attali le souligne, que nous n’avons pas de solution pour la voiture, et le transport en général.
Je laisse la parole au directeur de la R&D d’EDF (a priori le gugus assez sérieux et pas la pour faire peur au gens) :
VI. — CONCLUSION: UNE PRISE DE CONSCIENCE DIFFICILE, MAIS NÉCESSAIRE ET URGENTE
Pour nous, la ressource la plus rare du monde énergétique, c’est le temps dont nous disposons pour assurer les nécessaires transitions vers une meilleure efficacité énergétique, et vers un nouveau système énergétique où seront développés les usages finals de l’électricité, y compris dans les transports, via les ENR et le nucléaire.
Nous avons vu que ces transitions coûteuses ne seront toutefois mises en place que dans le cadre de plans d’urgence qui supposent des efforts conséquents (2 % du PIB environ). Une réelle sobriété énergétique sera nécessaire dans les pays les plus consommateurs pour arriver à boucler le bilan. Ces plans d’urgence ne porteront leurs premiers effets visibles qu’au bout de 15 ans, et il faudra 30 à 50 ans pour les développer pleinement et reconfigurer l’ensemble du monde énergétique. Si les décisions sont prises rapidement, nous avons une chance de réussir à structurer une réelle coopération mondiale et d’éviter que les tensions énergétiques qui se profilent autour de 2015-2020 ne dégénèrent en conflits mondiaux et autres effondrements économiques, pour un coût qui dépassera
très largement 2 % du PIB. Nous avons aussi une chance de préserver la viabilité de la planète en contrôlant nos émissions de CO2 et en évitant d’aggraver le changement climatique qui se dessine.
Mais ces décisions sont impossibles à prendre tant que les choix politiques ne resteront conditionnés que par le seul souci du pouvoir d’achat à court terme. Jusqu’à quand le consommateur d’aujourd’hui dictera-t-il sa loi au citoyen, au politique… et au consommateur de demain?
L’ensemble de ces analyses est assez facile à comprendre intellectuellement, mais beaucoup plus difficile à croire et à réellement intégrer dans nos schémas de pensées. Pour construire le nouveau monde énergétique, il reste à dénouer deux difficultés, qui ne seront pas les plus faciles. L’une concerne le consommateur: « il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon doigt » (23). L’autre concerne le citoyen: « tout le problème vient de ce que nous ne croyons pas ce que nous savons » (24)
Il n’y a pas de solution "immédiate", de porte de sortie à portée… le problème est pour dans moins de 10 ans, et entre le labo et la maison il faut compter 30 ans minimum pour un procédé industriel. D’ou la question du timing soulignée par le directeur de recherche d’EDF.
Pour l’instant nous n’avons RIEN pour conserver les voitures, et avions au niveau actuel. On peut faire du co-voiturage, réserver l’avion pour les militaires et utiliser plutôt des bateaux et trains pour les transports de marchandise, mais clairement les transports sont a moins de 10 ans d’un gros changement. C’est la fin des voitures lourdes, et rapides et probablement des camions. La petite voiture de ville en libre service "autolib" pourra peut-être survivre, et pendant un temps l’autopartage.
Pour les maisons on peut mieux s’isoler, utiliser le chauffage solaire. C’est faisable. Il reste la question : le ferons nous ? qui a les moyens de refaire l’isolation de sa maison ? qui peut se payer des panneaux solaires pour chauffer son eau ?
Les inconnues :
- comment les mentalités vont elles s’adapter ?
- les retraites, le chômage, la sécu ?
- nourrir tout le monde ? (quel pays pourra faire la transition a temps ?)
- la finance mondiale et le système de dette ?
Le problème c’est qu’une société a une grosse inertie. On ne change pas tout de fond en comble juste par un trait de plume, en allouant des crédits ici ou la.
Pour moi le plus gros point noir dans l’histoire … c’est que le prochain président ne va pas du tout s’occuper de tout ça. Et quand la situation deviendra intenable, il sera trop tard. Le plus gros sujet d’inquiétude est bien la. Si la politique est un miroir de la société, alors nous sommes aveugles, collectivement parlant. Rien ne sera fait dans les 5 prochaines années qui sont pourtant notre dernière chance en la matière. Après, il sera trop tard. En fait, il est déjà trop tard. On a déjà dépassé le seuil de la transition "douce", mais on pourrait encore s’en tirer avec un gros effort de dernière minute.
Il faut bien comprendre que depuis le premier choc pétrolier, les gouvernement et les industriels sont très actifs dans le domaine "alternative au pétrole". La voiture électrique a été tentée dès les années 80. Depuis ces années la on réduit notre gaspillage d’énergie. Mais nous sommes pris dans une logique qui nous pousse toujours plus loin dans la fuite en avant. Et depuis 30 ans, nos meilleurs scientifiques n’ont pas trouvé de solution. Maintenant, il va falloir changer de modèle de société, celle ci ne peut plus se perpétuer.
Mais notre société est malade, fragile et lourde, ca va être compliqué de faire un 100m dans ces conditions.
A suivre.
WordPress:
J’aime chargement…
bjr.
je m’interroge sur la notion d’intensification énergétique ..
signifie t’elle que chaque appareil/installation consomme moins 1% que l’année précédente ?
dans ce cas … c’est un false flag .. vu que tou le monde, y compris et surtout les émergents, achètent deux rois fois plus d’appareils qu’avant …
ca me fait penser à une connaissance très fier de sa Prius, qui allait se rengorgeant sur fond d’écologie, et d’économies ….et qui du coup faisait encore plus de kms qu’avec sa Renault …
Globalement, tout changement est parfaitement supportable aux jeunes générations et insupportables aux vieilles … hélas, le rapport de force actuel est bien connu..
Tout a fait, c’est ce qui s’appelle en économie "l’effet rebond".
"Si la politique est un miroir de la société, alors nous sommes aveugles, collectivement parlant. " Nous vivons en ce moment un monde surréaliste : la politique est l’art de dire à l’électeur ce qu’il souhaite entendre. Alors, …
Au fait :"Exploitation minière de la lune ? "
ma chère, vous y étiez … dans la lune.
Autre point, le gaz (schiste en particulier) offre un délai complémentaire : cent ans pour l’Amérique !
http://yoananda.wordpress.com/2012/04/12/100-ans-de-gaz-aux-usa/
10 an 20 ans tout au plus, sachant que la bulle de sur-investissement éclatera probablement beaucoup plus tôt, a la louche entre 2 et 5 ans.
Pour la lune sachez qu’un entreprise privée va exploiter des astéroïdes … alors la lune, ce n’est qu’une question de temps. Mais ce n’était pas le sujet, le sujet c’est les alternatives envisageables. La lune n’est pas plus compliquée que ITER, somme toute. C’est une question de choix, de volonté.
La guerre pour le pétrole détruit l’Occident
Les décisions des autorités de l’Argentine et la Hongrie, de renforcer leur souveraineté nationale a une incidence négative sur la domination absolue de l’Occident.
http://zebuzzeo.blogspot.fr/2012/04/la-guerre-pour-le-petrole-detruit.html
Merci, article très intéressant. La Hongrie et son président nationaliste sont une épine dans le pieds des mondialistes de la troika !
bjr.
je n’ai pas trouvé d’info concernant la fragmentation de l’ENI à laquelle l’article de zebuzzeo fait allusion …
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