L’un des piliers de la démocratie est l’école, notamment républicaine, gratuite et obligatoire instituée par Jules Ferry en 1882 (Charlemagne aurait été un simple précurseur). En effet, pour que le vote aie un sens, il faut un minimum d’éducation.
Aussi bien la démocratie que l’école sont en train de mourir (sous leur forme actuelle) en même temps que le capitalisme pétrolier. La démocratie meurt parce que ses élus ont de moins en moins de pouvoir, et qu’ils ne parviennent pas à résoudre les problèmes de la société (pour faire court). L’école décline parce que le niveau des élèves baisse (immigration massive et non intégration amènent trop d’élèves perturbateurs), parce que la motivation est de moins en moins la (à quoi bon étudier pour être chômeur), mais aussi à cause d’Internet, le professeur est mis en concurrence avec les informations souvent plus poussées du net et perds son statut de référent et son autorité.
Mais mettons de coté la crise systémique. Une nouvelle forme d’école est en train de naître. Décentralisée, collaborative, virtuelle, elle permet de nouveaux usages. N’étant plus limité par le nombre d’élèves dans une salle, ni par un tableau noir, ou par un cursus linéaire figé, cette approche permet par exemple :
- a des indiens, des pauvres, des gens coincés chez eux de suivre des cours, comme ceux du MIT ou d’autres universités prestigieuses, et même d’obtenir des diplômes
- de se former tout au long de sa vie
- de compléter sa formation par des modules additionnels selon ses propres envies
- de construire les cours "tout ensemble" (professeurs, chercheurs, professionnels et élèves)
- aux élèves de transmettre eux aussi (meilleur moyen d’apprendre c’est d’enseigner)
- d’utiliser des tests en ligne pour valider ses connaissances
- d’avoir une nouvelle pédagogie grâces aux interactions possibles avec les tablettes (sur lesquelles ont peut manipuler des objets virtuels)
- permet des formats plus variés que le cours magistral d’une heure. On a des sessions de 15 ou même 3 minutes (micro learning) qui sont plus efficaces et ludiques
Évidement, l’apprentissage en ligne à des limites. On ne fais pas d’expériences de chimie en ligne (du moins pas encore, rien n’interdit de faire des simulateurs, mais a un moment ou un autre il faut bien passer au réel), on n’apprends pas à opérer quelqu’un à distance, il faut une bonne connexion Internet, en général il faut une bonne "auto motivation" (et auto discipline). Il y a une risque de désocialisation. L’e-learning ou co-learning est en plein foisonnement.
Il existe des plateformes pour fabriquer des cours en ligne. La plus connue étant Moodle, mais on peut aussi citer Dokeos et atutor. Ces outils vont sortir de leur niche avec l’arrivée de l’HTML5 qui va permettre une évolution radicale (du même que pour les réseau sociaux d’ailleurs – on n’a encore rien vu !
). Il existe des accadémies en ligne qui fournissent des enseignements (gratuits) : la khan accademy (vidéos google et tests en ligne dans lesquels on picore d’après ce que j’ai pu en voir), coursera (qui proposes des cursus avecs des profs qui font des cours court de 15min régulièrement avec une interrogation à la fin). Citons aussi les outils de conférence en ligne tels que BigBlueButton et openmeetings.
Ne nous y trompons pas, si tout ça est balbutiant (après tout le web 2.0 à tout juste 10 ans), l’engouement, du moins dans le monde anglo saxon est réel. Porté par leur enthousiasme ils sont en train de révolutionner l’éducation, et chaque nouvel outil vient enrichir l’éco-système autant que chaque nouvel utilisateur.
Apprendre depuis n’importe ou, durant toute sa vie, de manière collaborative et participative, des choses utiles, monnayables et reconnues, selon nos besoins et envies, de manière quasi gratuites, a un potentiel disruptif en terme sociétal. On parle de société de la connaissance, de capitalisme cognitif (on capitalise non pas seulement sur les bien matériels, mais sur les connaissances et savoirs).
Il y a déjà eu des tentatives d’écoles différentes : les écoles Steiner, Montessori, Freinet déçue par l’éducation nationale et les écoles privées, ont cherchées une école plus "humaine", moins "moulante". Mais elles n’ont jamais vraiment eu de succès de grande ampleur. Probablement parce qu’elles souffrent des même limites que les autres : une salle de classe, un établissement. Il y a a prendre et à jeter partout, alors pourquoi se risquer dans ces aventures si on n’est même pas certain de comprendre / adhérer avec ce qui est proposé.
Internet fait sauter certaines limitations. Je gage qu’il va en sortir une nouvelle génération de citoyens bien mieux formés, informés, et impliqués que les précédents. Le simple fait que les gens choisissent et s’investissent dans leur domaine de compétence plutôt que de déléguer un peu au hasard (il faut bien le dire) via des élections selon des affinités idéologiques va obliger les prochaines génération à revoir complètement le fonctionnement de la démocratie.
Aujourd’hui nos textes de lois sont rédigés par des experts d’une manière assez opaque. Ils n’ont pas encore utilisés les outils modernes de collaboration tels que GIT (qui sert essentiellement à coordonner un travail collectif de rédaction en permettant la réconciliation, l’historisation, la transparence et la décentralisation). Ce qui est un peu normal car ils perdraient de leur pouvoir (tout le monde pourrait y fourrer son nez), mais ils seront obligés d’y venir.
Certains partis politiques sont d’ailleurs déjà en train de se transformer. La constitution Islandaise est écrite grâce à ces outils. Le parti pirate à fait 9% en Allemagne. Etc…
Cette nouvelle approche de l’éducation fait partie de tous un tas de nouveaux usages. Il faut bien comprendre une chose toutefois. Ces nouveaux usages ne sont pas des "nouveautés" comme le nouvel iPHone5, c’est à dire, la même chose qu’avant, un peu améliorée. Ce sont de vraies nouveautés. Le mode de fonctionnement global n’est pas celui du capitalisme/démocratique/libéral/de marché/bancaire qu’on connaît. Je reviendrai dessus au fil de l’eau, mais il est important de comprendre dès maintenant que ça ne "sauvera" pas le monde actuel de son agonie.
Cette nouvelle éducation ne produit pas de bon citoyens stupides et malléables (politiquement parlant) qui feront des travailleurs dociles et des consommateurs moutonniers. C’est la génération "Z" qui interagit différemment et qui va réclamer sa place dans le monde. Tout n’est pas parfait et idéal pour autant, il y a des dérives chez les accro aux technologies, des nouveaux défis, de nouveaux "mensonges collectifs", de nouvelles manières de tricher et de s’affronter. Mais l’espoir est permis.
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