Blog de Yoananda

Petit anti-manuel de la pensée unique, pour lire entre les lignes

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Spirale de la violence : Le monde se disloque-t-il ?


Depuis 2008 on assiste à une dégradation progressive de la situation géo-politique mondiale, on a l’impression d’être pris dans une spirale de la violence (avec une montée en crescendo qui abouti à la crise Palestinienne et Ukrainienne). Je me suis demandé si c’était le cas ou si c’était un effet d’exagération médiatique. Même si bien sûr la situation bancaire reste très précaire, après tout, l’économie continue de tourner comme en témoigne les 1000km de bouchons pour les vacanciers.

Je vous présente deux points de vues totalement opposés sur la situation mondiale. Je ne conclue pas, à vous de voir.

Tout va bien madame la marquise

  • Le monde se pacifie malgré tout (l’influence du terrorisme diminue), et semble-t-il, il y a de moins en moins de guerres :
  • Les homicides diminuent en France et partout dans les pays de l’OCDE, même après la crise de 2008, et ce en valeur absolue. D’où le fait que l’insécurité est qualifiée de sentiment parce que selon les chiffres, le pays est plus sûr.
  • Faim : 840 millions de personne (mais tendance longue est à la diminution), ça peut paraître beaucoup mais en proportion, il n’y en a jamais eu aussi peu.
  • faim dans le monde famine sous-alimentation nutrition insécurité alimentaire
  • les inégalités diminue, l’espérance de vie augmente, de même que la richesse selon Hans Rosling (ici pour une version avec sous titres, ici pour jouer vous même avec les graphes):

Comme vous pouvez le voir la situation globale semble s’améliorer pour à peu près tout le monde, même si certains sont en retards (l’Afrique notamment) par rapport à d’autres. Tout le monde finit par bénéficier du progrès et de ses bienfaits grâce à la mondialisation. Il ne faut pas oublier que même si les inégalités s’accroissent, ce n’est pas un jeu à somme nulle, et au final tout le monde s’enrichit (certains plus vite que d’autres).

Maintenant, passons à l’autre vision du monde, la vision "noire". A lire l’actualité de ces derniers mois on a vraiment l’impression que le monde s’enfonce dans une spirale de violence/chaos à tous les niveaux.

Winter’s coming

Maladie

  • Épidémie d’obésité : 400 millions d’obèses dans le monde (obèses, le surpoids est encore pire), 1,4 milliard en surpoids.
  • Épidémie de cancers : 1 personne sur 2 aura un cancer.
  • Si vous n’avez pas de cancer c’est probablement que vous avez des allergies : Épidémie d’allergies : 50% en France d’ici 2040.
  • 1/3 des français sous anti-dépresseurs alors qu’on était classé n°1 des pays enviables dans le monde il y a 10 ans à peine.
  • Au rythme ou vont les choses, nous serons infertiles en 2053, rien que ça. Mais pas de panique, l’immigration fraîche compensera.
  • Les résistances aux antibiotiques devient alarmante, si ça continue bientôt les opérations chirurgicales banales seront une vraie roulette russe
  • Espérance de vie en bonne santé diminue depuis 2007, les inégalités d’espérance de vie augmentent selon votre catégorie socio-professionnelle.

Environnement

  • disparition des abeilles (en cours)
  • disparition des lucioles (réalisé ? je n’ai pas trouvé de confirmation)
  • disparition du sable (réalisé)
  • Le stress hydrique va augmenter
  • terres arables en diminution

  • Réchauffement climatique : pour rappel +5° = la fin de la dernière ère glacière
  • Je ne sais pas quoi en penser mais la position officielle est :
    Turbulences aériennes accrues, épisodes polaires et caniculaires toujours plus extrêmes, vagues géantes dans les océans: les spécialistes mondiaux du climat ont brossé un tableau apocalyptique de la météo des prochaines décennies lors d’un congrès international qui s’est conclu jeudi à Montréal.
  • Sécheresse catastrophique aux USA, un signe de plus du réchauffement :
  • Piti bonus, photo de la tornade a Rodez dans l’Ardèche :
    Quand le ciel ruthénois ressemble à celui du Texas.
  • 6ème extinction massive de la vie sur terre en cours. L’homme fait disparaître de nombreuses espèces (dernière en date : le couguar).

Economie

(ce ne sont que quelques exemples qui se veulent parlant, la liste est quasi infinie)

  • Baisse de 80% des investissements étrangers en France
  • baisse de 2.9% du PIB américain, malgré le QE3
  • liste des pays soutenus par le FMI en Europe
  • banques zombies en Europe, nouvelles règles comptables pour tricher aux USA
  • L’économie est sous perfusion depuis 2008 : les banques centrales soutiennent les banques, le cours de l’OR est biaisé, les banques centrales achètent des actions, des obligations, les chiffres du chômage, inflation, PIB, dette sont trafiqués. La régulation est une farce, les paradis fiscaux et autres dark pools se portent à merveille.
  • Les BRICS créent leur propre FMI, fin du pétrodollar, et donc du dollar : dédollarisation en marche forcée (accords bilatéraux, méfiance après l’affaire Iran/Swift, BNP)
  • L’Or allemand gardé au US ne sera pas rapatrié
  • 18 signes que l’économie va très mal.

Géopolitique

  • Nouveau Califat : le barrage le plus dangereux du monde + le détroit d’Ormuz.
  • afrique sub-saharienne et islamisme, 6 pays touchés
  • Internet : la Russie veut rapatrier ses données, va construire ses propres puces électroniques, l’Iran construit son propre Internet, la Chine continue son isolement et interdit l’iPhone
  • Inversion de la logique partout (laffer généralisé) : l’immigration ne rapporte plus, la justice redevient un système de domination de classe avec passe droits, la médecine soigne les riches et entretient les pauvres dans la maladie chronique
  • La montée de la surveillance généralisée, big brother en pire : surveillance des communications, des paramètres vitaux, des émotions, déplacements, des maisons, mais aussi, de la biosphère (jardins par exemple, entre autre).

Quelques liens supplémentaires :

 

J’ai déjà critiqué les soit disant progrès de la médecine moderne. Je constate que les gens ont le réflexe programmé, dès qu’ils ont un bobo, d’aller demander une pilule magique à un médecin. Même les plus "bio" ou natures se précipitent sur des plantes.

Pour ma part, sauf cas extrême, je fais confiance à mon corps. Quand vous prenez un produit quelconque opur guérir, qu’est-ce qui vous dit que c’est ce produit qui vous a guéri et non pas votre corps qui se soigne tout seul ? et qu’est-ce qui vous garanti que vous n’aurez pas d’effet secondaire …

Tout un système s’est bâtit sur l’illusion de l’efficacité des ces pilules magiques. A la base, on retrouve pour étayer ce système 2 choses : la méthode scientifique (notamment le test en double aveugle) et quelques gros succès comme les antibiotiques, ou les vaccins.

Tout n’est pas forcément à jeter. Sans antibiotiques, on peut dire adieu a la chirurgie.

Bonus : tiré de l’excellent blog d’Olivier Berruyer, une bonne "prise de température" :

  • Même si depuis l’effondrement de Bretton Woods, le monde a déjà connu des crises bancaires et des faillites étatiques, la situation actuelle est unique (9), car jamais le monde financier et économique n’a été aussi interdépendant, jamais le niveau global de l’endettement n’a été aussi élevé, jamais le « shadow banking » n’a été aussi important (10), jamais les produits dérivés n’ont à ce point cimenté les institutions financières mondiales, jamais nos économies n’ont été aussi dépendantes du gaz, du pétrole et de l’électricité, jamais les décideurs économiques et financiers n’ont à ce point basé leur décision sur des modèles mathématiques inadaptés face à la multitude de variables qui entrent en jeu.
  • Aux États-Unis on observe une baisse constante du taux de participation de la population active sur le marché du travail, la bourse atteint des sommets principalement parce que des sociétés rachètent leurs propres actions (et certaines empruntent même massivement pour le faire) (11), les assurances anti-crash boursier deviennent de plus en plus chères (12), les classes moyennes désertent même les commerces « low cost » (13), 70% des Américains pensent que la crise n’est pas terminée ou que le pire est à venir (14), les ventes de Caterpillar qui représente bien l’économie réelle, sont constamment en baisse (15), la bulle des prêts étudiants n’en finit pas de gonfler (16), mis à part quelques niches il n’y a pas de reprise sérieuse de l’immobilier commercial ou pour particuliers (17) et même l’investissement pour le marché locatif qui a largement contribué à amortir la chute (18) montre des signes de faiblesse (eh oui, depuis 2008 les investisseurs savent qu’un Américain sans revenu ne peut pas payer son emprunt hypothécaire, mais ils découvrent maintenant qu’il est tout autant incapable de payer son loyer !) (18), le gouvernement américain ne montre aucun signe de sevrage de sa dépendance à la dette (19), la côte Est est frappée par une sècheresse catastrophique (20), étonnamment (!)  les prêts automobiles subprime qui ont contribué à donner une illusion de relance du marché automobile américain donnent des signes de faiblesse (21), la Fed qui doit se douter que l’avenir n’est pas aussi rose qu’elle veut le faire croire, s’apprête à imposer des restrictions sur les retraits d’argent de certains fonds obligataires (22), … etc.
  • En Chine, il y a principalement 6 domaines essentiels qui soulèvent de très grosses inquiétudes: la plus grande bulle de crédit au monde (23), la bulle immobilière astronomique qui aurait fait pâlir d’envie Dubaï, Londres (23a) et les États-Unis réunis (24), l’importance colossale du shadow banking avec toutes ses dérives, illustrées par exemple par le dernier scandale de la multiple réutilisation de stocks de matières premières pour garantir plusieurs prêts différents (25), la volonté de la Chine d’étendre sa zone d’influence maritime (26), l’état réel de l’économie chinoise qui est bien plus malade qu’il n’y paraît (28), le traficotage permanent des statistiques officielles (29), …etc.
  • La situation en Europe est probablement bien connue des lecteurs,  il est donc inutile de faire une longue liste de ce qui va mal. Allemagne (30), Italie (31), etc. la situation est fragile. J.Stark, ancien vice-président de la Banque Centrale allemande déclarait en mai dernier que le système économique actuel est une pure fiction (32) ! À titre d’exemple, citons simplement le récent dépeçage, suivi d’une nationalisation des « bons morceaux restants» de la première banque portugaise, le tout en un week-end (33). Les taux souverains sont ultra-bas pour le moment, il faut bien que la monnaie de banque centrale distribuée généreusement serve à quelque chose. En plus les titres souverains offrent bien des avantages: pas besoin de mettre de capital en réserve pour les conserver, ils sont souvent très liquides et représentent un très bon collatéral dans un monde financier qui subit une pénurie de collatéral. Fin octobre, la Banque Centrale Européenne (BCE) terminera son analyse de la qualité des actifs de 130 banques (34). Bien entendu cet exercice dépend grandement de la bonne volonté des banques auditées, mais il se murmure que cette fois, les résultats ne seront pas aussi roses …
    Les soldes des comptes Target 2 auprès de la BCE(35) (à ce niveau, ne devrait-on pas parler de chambre de compensation) témoignent de la méfiance dans le secteur interbancaire.
  • En Amérique du Sud, on peut se demander quel vont être l’impact et le risque de contagion lié au défaut de paiement de l’Argentine et de l’hyperinflation qui se développe ? (36)
  • Le statut du dollar comme monnaie de réserve mondiale est de plus en plus attaqué (37)
  • Ebola: un danger qui pourrait potentiellement devenir très grave  (38)
  • Au niveau mondial, les prix de la nourriture sont repartis à la hausse (39)
  • L’indice Baltic Dry (40) qui reflète le commerce maritime international ne cesse de baisser depuis le début de l’année

Retex : Discussions de vacances – un financier, une éduc – la tête dans le guidon


Durant mes congés j’ai eu l’occasion de discuter avec un financier. C’était très instructif :

  • son métier, c’est le développement durable
  • ses "œillères", c’est la miro-économie, la macro, il ne connaît pas et du coup, est aussi ignorant que n’importe qui d’autre sur la course du monde

Finance et éthique

Dans le climat actuel, les financiers qui sont au coeur du système capitaliste sont souvent présentés comme les méchants : carriéristes, requins, appât du gain peu importe les conséquences, etc…

Pour le coup, la personne avec qui j’ai discuté, même s’il brasse des millions, le fait avec une certaine éthique. Par exemple, il finance un projet qui lui tient à coeur de centrale co-génération des déchets : il s’agit de récupérer sur quelques communes partenaires du caca de cheval, de la tonte de pelouse, et des déchets végétaux divers et avariés entant qu’intrant d’un digesteur qui produit du biométhane, qui lui même sert à de la co-génération : de l’électricité d’une part, et de la chaleur d’autre part, réinjectée dans le système.

Son rôle de financier est très important puisqu’il s’agit de s’assurer de la viabilité du projet (=rentabilité). C’est à dire qu’on ne fabrique pas une usine qui ne produise moins qu’elle ne dépense. Parce que l’air de rien, pour un tel projet il faut tout une infrastructure pour récupérer les déchets, entretenir l’usine, régler les différents systèmes de manière optimale, etc…

Sinon on est très vite dans l’utopie contre-productrice. Le méchant capitalisme prédateur à quand même des bases saines, et il est bon de le rappeler par ces temps de propagande. Le soucis, ce n’est pas tant ses principes fondateurs que les dérives qu’il implique (création de monopoles, externalités, rendements décroissants, complexification, etc…).

Aveuglement macro

Autre point très intéressant sur sa perception du monde. Nous avons abordé la question sous l’angle de l’immobilier. Comme je m’y attendais, financier ou pas, spécialiste ou pas, il se fait piéger comme tout le monde avec la religion de "l’immobilier ça monte". Lui même s’est endetté fortement pour acheter en région parisienne. Je sais que c’est un coup d’épée dans l’eau, mais j’ai même pu lui démontrer que l’immobilier c’est un pari politique.

Je lui ai expliqué qu’actuellement l’économie ne fonctionne plus sans le soutient des banques centrales : la BCE avec ses taux zéro et sa politique de renflouement des banques privées finance indirectement la dette étatique (c’est pour cela que les bonds du trésors français sont en chute libre, contre toute attente et toute logique – en passant j’avais annoncé il y a un an que les taux montaient de manière fulgurante mais je n’avais pas prévu qu’ils allaient réagir de la sorte en truquant les marchés). Donc, les taux des emprunts sont historiquement bas, ce qui permet aux gens de continuer a s’endetter et donc, d’acheter de l’immobilier. Si pour une raison ou une autre (la plupart du temps sans que personne n’ai de contrôle dessus) la banque centrale change sa politique de taux, c’en est fini de l’immobilier qui monte : sans ça, je vous garantit que la bulle française aurait explosée depuis longtemps.

Autre point, la pression démographique qui fait que la demande est toujours forte et donc que "l’immobilier ça ne peut que monter". D’une part, cette pression est la résultante de la politique immigratoire. Il suffit que la politique change pour que tout s’inverse la aussi. Sans parler qu’il faut une population solvable, ce qui est de moins en moins le cas (voila pour quoi le friggit, l’indicateur de la bulle immo en France nous indique un retournement de tendance depuis quelques mois, les prix stagnent ou baissent).

Donc même un financier, spécialiste des calculs de rendement se laisse avoir par les sirènes de l’immobilier. Pourquoi ? parce que plongé dans son quotidien il n’a pas le temps de regarder la situation macro-économique globale. Finalement, la tête dans le guidon ils sont autant paumés que tout les autres et malgré leurs connaissances et leurs relations, ils se heurtent au "mur de la complexité" comme tout un chacun.

Si notre société s’effondre, c’est bien plus à cause des limites de chacun que d’une espèce de conspiration. Par contre, l’effondrement est un terreau très fertile pour les conspirations, qui jouent le rôle de catalyseur. La diffusion de la théorie du genre par exemple ne peut pas être expliqué sans une forme ou une autre de conspiration venue d’en haut.

Cette discussion justifie à posteriori le travail de recherche qu’on fait sur la blogosphère pour découvrir les causes profondes de la crise. Malheureusement plus on creuse et plus on se rends compte que l’humanité est soumises à des forces "méta-historiques" (les forces derrières l’histoire) qu’on ne contrôle pas du tout (dans la mesure ou n’en a même pas conscience) et qui se moque de la bonne volonté qu’on peut mettre à essayer de résoudre nos problèmes.

Et les associations de réinsertion dans tout ça ?

Rien à voir directement avec le sujet financier, mais tout à voir car la même sociologie de "tête dans le guidon" : j’ai eu une autre discussion avec une personne en charge de "réinsertion des jeunes en difficultés" : ils croulent sous les subventions, donnent de l’argent de poches au jeunes, des fringues tous les mois, leur payent des activités sportives, du soutient affectif, etc… Bref, ils cajolent les délinquants. Bien sûr humainement ces jeunes n’ont pas eu de chances, ont du potentiel, etc… Mais ces associations dégoulinantes de bon sentiments, non seulement ne servent à rien (ces jeunes auraient besoins d’avoir un tuteur toute leur vie pour tout juste s’en sortir, quand à 17 ans on a un niveau de CM1 …) mais en plus sont devenues contre productives :

  • le message non verbal c’est "faites des conneries, vous serrez récompensés",
  • l’autre message a l’inverse pour le citoyen honnête c’est "faites vous insulter/braquer/violer, vous devrez en plus payer de vos impôts pour leurs centre de vacances"
  • les éducateurs s’usent, sont dégoûtés, et même parfois prennent les réflexes / attitudes des racailles et rapportent leurs soucis à la maison. En fait, c’est plutôt les racailles qui déteignent sur les éducateurs que l’inverse ! Un comble

Mais malgré tout ça, malgré tout les dénis qu’apporte la réalité, l’illusion perdure qu’il faut continuer à "être humain" à "aider son prochain", et que ça n’a aucun lien avec le flux immigratoire (inversement proportionnel au flux pétrolier) ou avec un choc des cultures, que si on leur fait faire des ateliers théâtre ils vont apprendre les valeurs de partage, que chacun peut être sauvé, etc…

C’est probablement mieux que de ne rien faire (du moins ça le serait si on tirait les leçon de nos échecs), tout du moins pour ceux qui ont besoin de rassurer leur conscience. Toujours est-il que la encore, on est face à des forces qui nous dépassent individuellement et collectivement. Car pour résoudre ces simples soucis de "délinquance" il faudrait en réalité revoir l’ensemble de la société (si ces jeunes en sont la, c’est en partie a cause des différences culturelles et des difficultés d’intégration, en partie a cause de la crise, en partie a cause de notre décadence, en partie a cause du manque de chance, en partie a cause de leur famille et de eux même). Par ou commencer ?

Non pas LE mais LES pics pétroliers


Quand on parle du pic pétrolier, on fait référence au déclin de la production globale, comptée en nombre de barils.

C’est une mauvaise manière, ou du moins grossière, de "compter" qui masque bien des problèmes.

Nous n’avons pas UN mais DES pic pétroliers.

  1. Le pic des exportations / importations (merci valuebreak de me l’avoir rappelé): pour un pays exportateur les soucis commencent bien avant qu’il n’atteigne son pic "local" car sa consommation interne grandi. Quand il exporte moins, sa rente diminue et la vie se complique. Le pic des importations est similaire mais pour un pays qui importe : même si les exportations globalement augmentent, si un pays voisin paye plus que vous, vos importations peuvent diminuer. C’est le cas notamment pour l’occident qui importe de moins en moins car le surplus qui reste part en Asie. Donc même si en volume le pétrole augmente, il en reste moins pour nous de toute manière. Notez que pour l’instant on s’en accommode relativement bien.
  2. Le pic pétrolier "local". Que le reste du monde continue de produire ou pas, si votre pays à passé son pic pétrolier ça a des conséquences. Surtout quand ce pays est les USA. Leur propre pic (1971)  à changé la géopolitique mondiale et les a obligé à se mêler des plus des plus des affaires des autres. Autre exemple l’Égypte qui a passé son pic pétrolier, n’exporte plus, et sombre dans le chaos car ils n’ont plus de ressources pour nourrir leur peuple.
  3. Le pic pétrolier "onshore", c’est à dire du pétrole qu’on extrait sur terre et non pas en mer (ce qui est beaucoup plus cher et compliqué). Étrangement, c’est depuis qu’on a passé ce pic en 1979 que les dettes explosent et que la croissance diminue. Pour les économistes les 2 phénomènes ne sont pas liés. Les dettes sont une conséquences de la "dérégulation".
  4. Le pic pétrolier "per capita" … même si la production augmente, si le nombre de personnes qui consomment augmentent encore plus vite, au final, par tête de pipe il y a de moins en moins de pétrole. Hors ce pic nous l’avons aussi passé dans les années 80.
  5. Le pic du pétrole "pas cher" : certains pétroles sont plus facile à extraire que d’autres (c’est le pétrole "conventionnel", a l’inverse des sables bitumineux, du pétrole en mer profonde, du pétrole de schiste qui sont beaucoup plus coûteux). La limite de ce pétrole est inconnue, on le sait de manière empirique quand on commence à avoir des problèmes économiques, quand l’essence coûte trop cher. Probablement qu’on l’a atteint en 2005 en même temps que le pic du pétrole conventionnel.
  6. Le pic pétrolier "net d’énergie" : en général on raisonne en baril de pétrole. Mais tous les barils ne sont pas équivalents, certains contiennent du pétrole de meilleure qualité que d’autres (entendez qu’il contient plus d’énergie que d’autres), . Ce pic nous l’avons vraisemblablement passé aux alentours de 2010. Ce qui signifie que même si le volume produit augmente, l’énergie qu’on en retire diminue. Mais l’illusion de la croissance est sauve.
  7. Ensuite il y a un autre pic, appelons le "pic induit" : le pétrole est au centre d’un écosystème énergétique. On peut se chauffer au fioul, ou au gaz ou au charbon, et convertir l’un en l’autre (plus ou moins facilement). Donc, même avec moins de pétrole on peut compenser en partie. Mais il existe un seuil ou le manque de pétrole se répercute sur les autres énergies (car il faut bien du pétrole pour extraire le charbon, le gaz, etc…). Ce pic est compliqué à situer, mais il existe, et, semble-t-il, nous ne l’avons pas encore franchi.
  8. Ensuite il y a le pic "relatif" : l’énergie dont on dispose est relative à notre besoin. Aujourd’hui pour vivre une vie "normale" nous avons besoin de plus d’énergie qu’avant. Pour extraire une tonne de cuivre nous avons besoin de 100X plus d’énergie qu’il y a un siècle, parce que tout le cuivre facile d’accès a été exploité. C’est pareil avec les autres composants qui se raréfient partout sur la planète. Bien sûr on consomme moins d’essence pour se déplacer, et l’activité minière est marginale. Il est difficile d’évaluer l’impact réel de ce pic, mais il existe bel et bien.
  9. On peut rajouter le pic de financement (merci captain flemme), qui va précéder de peu le pic absolu : ce pic, qui est en train d’arriver selon Steven Koppits, c’est le croisement d’un coté des demandes en crédit pour augmenter les capacités de production, et un prix de vente du pétrole qui ne peut plus augmenter sans faire caler l’économie mondiale. Ça coûte trop cher d’investir par rapport à ce que ça rapporte. De nombreux projets pétroliers son abandonnés en ce moment même faute rentabilité. L’EIA a chiffré récemment des besoins financiers colossaux dans les années à venir.
  10. Enfin il y a le pic pétrolier "absolu", quand le volume total de pétrole produit en nombre de barils va diminuer. Quand ce pic arrivera il sera trop tard pour faire quoi que ce soit parce qu’on sera en train de faire des arbitrages : (je caricature) doit ont garder l’énergie qui reste pour les hôpitaux ou pour les labos de recherche sur les sources d’énergie alternatives ou pour fabriquer des armes pour voler le pétrole des autres ou sécuriser le notre ?

Les détracteurs du pic pétrolier ne parlent que du dernier point, et se cantonnent à dire "la production de pétrole en volume augmente, ou est le problème ? s’il manque du pétrole, l’Arabie saoudite le produira. circulez il n’y a rien à voir".

Comprenez bien une chose : ce n’est pas la quantité de pétrole qu’il y a sous terre qui compte. C’est la vitesse à laquelle on l’extrait. Faites l’expérience : courrez un 200m avec la bouche ouverte pour respirer. Puis courrez le uniquement avec le nez ouvert. Puis courrez le 200m avec une seule narine ouverte. Puis bouchez vous les narines et courrez en respirant uniquement à l’aide d’un paille. L’air est toujours la, mais si vous ne le pompez pas suffisamment vite, vous ne pouvez pas accélérer votre rythme.

Des hydrocarbures, il y a en pour des milliers d’années sur Vénus et pour des millions du Jupiter. Mais on n’a pas la technologie pour aller les chercher de manière rentable. C’est pareil avec les pétroles de schiste et le pétrole arctique et le reste : ce qui compte, c’est combien on peut en extraire par jour, et à quel prix de revient. "On" nous dit que la fracturation est une percée technologique. C’est faux, la technologie existe depuis des dizaines d’années, elle est simplement devenue rentable à cause du prix élevé du pétrole, et a cause du dumping fiscal qui les accompagne et des taux bas des banques centrales. En gros, on est des rats qui avons mangé toutes les croquettes et on se rends compte que le paquet en carton peut aussi remplir l’estomac.

Donc, sans pétrole abondant l’économie mondiale ne pourra pas tenir la distance ou maintenir sa vitesse, et donc la croissance de son PIB. Sans PIB, ça signifie : dette qui monte, chômage qui augmente, inflation … Pour commencer, parce que ensuite, ça signifie : conflit pour l’accès aux ressources, concurrence exacerbée entre les pays et au sein d’un pays. Ensuite ça signifie que tout le "luxe" de nos sociétés (retraites, sécurité sociale, congés payés, indemnités chômage, éducation gratuite) seront impossible à maintenir. Ensuite, c’est insécurité, instabilité politique. Puis guerre, guerre civile, révolution, coup d’états, révoltes, etc…

Le pétrole n’est qu’un "symbole", il n’est pas la seule ressource concernée, ce n’est que la ressource "directrice" (celle qui a le plus d’impact sur les autres). Aujourd’hui, nous avons atteint le pic du phosphore, composant essentiel des engrais. Hors, sans cet engrais, la production agricole serait énormément réduite car les terres sont "mortes" et il faudrait 20 à 30 pour qu’elles renaissent. L’eau manque et on en a besoin de plus en plus pour toutes sortes d’usages. Les terres arables sont aussi menacées. Le poisson devient un luxe parce qu’on pèche tellement qu’on empêche les poissons de se reproduire, et ils sont de moins en moins nombreux. Etc…

Tout cela est masqué parce que les supermarchés sont pleins, les périphériques bouchonnent, et que de plus en plus de monde est obèse et qu’on a des super gadgets.

Mais en réalité nous sommes en sursis. parce que nous avons dépassé les 5 premiers pic, et probablement les 3 suivants. Il ne reste plus que pic pétrolier absolu et le pic financement qui le précède de peu. Et quand celui ci arrivera, tout peut se produire. Les marchés peuvent capoter, l’économie s’arrêter net, et même on pourrait encore continuer à faire semblant en certain temps. On pourrait vivre un basculement rapide, ou continuer le lent déclin. Mais la situation peut basculer à tout moment depuis 6 ans. Elle à déjà basculée dans de nombreux pays, le dernier en date étant l’Ukraine. Les manifestations visibles n’ont rien à voir. Les gens se déchirent pour des questions de langue, de culture, de frontière, de politique, et parfois pour des détails (pensez a la Turquie qui a connu de gros remous a cause d’arbres qu’on allait abattre..). En France la crise se manifeste sur des questions sociétales qui opposent la gauchosphère et la fachosphère : famille, immigration, drogues, Europe … Mais ce ne sont que des prétextes au fond, les vrais problèmes sont ailleurs, puisqu’on pourrait très bien co-exister malgré toutes ces oppositions. Le problème final se situe dans le porte monnaie : qui va payer, qui va devoir sacrifier son niveau de vie, et pour quelle raison. Et on perds complètement de vue les raisons structurelles, profondes, de la crise … si tant es qu’on les ai jamais aperçus.

Aujourd’hui les signaux s’accumulent laissant penser à une nouvelle crise "à la 2008", mais en pire, parce que les problèmes sont plus importants, et parce que les états sont déjà exsangues. Cette fois, pas de cavalerie pour nous sauver in-extremis. Il ne faut pas oublier que les banques centrales sont pied au plancher (taux d’intérêt négatif pour la BCE, injection massive de dizaines de milliards par la FED tous les mois), les statistiques sont trafiqués jusqu’à la moelle pour masquer la situation (inflation, dette, PIB, chômage sont tous maquillés), les règles comptables ont été adoucies (depuis 4 ans pour que les banques ne fassent pas toutes faillites d’un coup), etc…

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