Préambule : Pour comprendre et résoudre la crise, je prétends qu’il faut utiliser un autre mode de pensée que celui qui prévaut en occident. Il faut changer notre "logique", notre manière de réfléchir le monde.
Dans cet article, je vous invite à découvrir cet autre manière d’appréhender, ce paradigme qui s’appelle "systémique", mais que tout le monde connaît (intuitivement au moins) déjà.
C’est la logique sous-jacente à de nombreux articles que j’écris sur ce blog, qui peuvent parfois choquer ceux qui se bornent aux raisonnements économiques "classiques". C’est pourquoi il est très important de savoir expliquer en quoi cette logique se différencie et dans quel cas on peut l’utiliser et d’en connaître aussi les limites.
Prenez un muscle, il se contracte, se détend. Si vous essayez de comprendre pourquoi / comment il le fait, vous observez qu’il a besoin d’ATP une molécule énergétique et qu’il répond à des impulsions électriques envoyées par le cerveau, et qu’il peut se développer ou s’atrophier dans certaines circonstances.
Pour savoir pourquoi il se contacte, il faut remonter dans le cerveau, où la on aperçoit qu’il existe différentes conditions pour sa contraction, différents canaux, certaines sont dites "réflexe" automatiques, si par exemple le muscle est étiré trop violemment, ou bien si le circuit "douleur" est activé, et d’autres vont passer par des circuits dans le cortex, qui lui même tire ses informations de perceptions sensorielles. On pourra donc suivre le circuit d’activation et s’apercevoir que certaines zones du cerveau s’activent sous certaines conditions de stress ou selon l’activité d’autres aires, elle même dépendantes de tout un tas d’informations de plus en plus complexes à analyser.
Si on observe l’activité musculaire d’un biceps au cours d’une journée, si on trace le graphe, cela aura tout l’air d’être une courbe aléatoire et si on cherche à l’expliquer avec la logique analytique expliquée ci-dessus on va vite aboutir à des écueils incontournables.
Par contre, si on oublie toute cette "chaîne fonctionnelle" qui remonte du muscle au cerveau puis aux capteurs du corps et qu’on le replace dans son contexte, c’est à dire qu’il fait partie du système "bras" et qu’il sert à plier ce dernier, et si on observe l’activité de l’humain auquel il appartient, il devient très facile de comprendre pourquoi il se contracte ou non : celui-ci a pu saisir une tasse, ou soulever le bras pour atteindre un objet en hauteur, etc…
Ces deux logiques sont valables, mais opposée. L’une est la logique analytique, l’autre est la logique analogique, dite systémique. L’analyse est la logique cartésienne mathématique déductive. L’autre est une logique symbolique inductive. Ces deux logiques peuvent chacune être mal utilisées si on ne sait pas bien s’en servir ou si on leur donnent de mauvaises données à traiter.
La logique systémique est assez bien expliquée ici.
| Approche analytique |
Approche systémique |
| Isole: se concentre sur le éléments |
Relie: se concentre sur les interactions entre les éléments. |
| Considère la nature des interactions. |
Considère les effets des interactions |
| S’appuie sur la précision des détails. |
S’appuie sur la perception globale. |
| Modifie une variable à la fois. |
Modifie des groupes de variables simultanément. |
| Indépendante de la durée:les phénomènes considérés sont réversibles. |
Intègre la durée et l’irréversibilité. |
| La validation des faits se réalise par la preuve expérimentale dans le cadre d’une théorie. |
La validation des faits se réalise par comparaison du fonctionnement du modèle avec la réalité. |
| Modèles précis et détaillés, mais difficilement utilisables dans l’action (exemple: modèles économétriques). |
Modèles insuffisamment rigoureux pour servir de base de connaissances, mais utilisables dans la décision et l’action (exemple: modèles du Club de Rome). |
| Approche efficace lorsque les interactions sont linéaires et faibles. |
Approche efficace lorsque les interactions sont non linéaires et fortes. |
| Conduit à un enseignement par discipline (juxta-disciplinaire). |
Conduit à un enseignement pluridisciplinaire. |
| Conduit à une action programmée dans son détail. |
Conduit à une action par objectifs. |
| Connaissance des détails, buts mal définis. |
Connaissance des buts, détails flous. |
Hors nous vivons dans une société qui refoule la logique systémique, notamment en économie, en particulier depuis Descartes qui a consacré la logique analytique.
Les économistes cherchent a comprendre et analyser l’économie au lieu de voir comme un système et de chercher à savoir à quoi elle sert et les paramètres qui l’influencent.
Les articles économiques que j’écris sont parfois "illogiques" selon l’approche analytique.
Prenons l’exemple de la crise des subprimes. On va chercher à l’expliquer par les prêts excessifs des banques, eux même expliqués par les dérégulations et les taux bas de la FED puis leur brusque remontée dans les années 2000. C’est comme si on cherchait à remonter du muscle jusqu’au cerveau. Ensuite, pourquoi la dérégulation et les taux de la FED ? Là ça se complique un peu puisqu’on va rentrer dans la géoéconomie. Il va falloir invoquer à la fois la chute du communisme et le capitalisme triomphant qui se croit invincible, il va falloir évoquer la bulle des dotcoms de la fin des années 90, et même le bug de l’an 2000, il va falloir invoquer les armées d’agents secrets reconvertis à la guerre économique et devenus financiers ou traders, il va falloir invoquer la récession des années fin 70 suite au choc pétrolier pour expliquer la dérégulation, et on peut remonter très loin et même voir des cycles économiques de création de crédit, ou des supercycles liés aux cycles démographiques, et on peut relier cela aux attentats du 11 septembre (qui ont joués sur les taux de la FED eux aussi), etc…
Bref, on ne s’en sort pas, on est dans les centres décisionnels multiples de la psychologie collective qui veulent s’habiller des oripeaux de la raison.
Alors que si on utilise l’approche systémique, on va avoir une méthode plus simple et plus directe. L’économie est un système thermodynamique visant à transformer de la matière un utilisant de l’énergie. Notre économie est comme une sorte de chandelle qui brûle les matières premières de la planète (Notez que la systémique utilise les analogies). Si on veut comprendre mieux on va regarder les travaux Nicolas Georgescu Roegen, qui a failli obtenir le prix Nobel d’économie pour ses travaux sur l’entropie (notion fondamentale de la thermodynamique qu’il a appliqué a l’économie) et les travaux similaires sur l’EROEI. Mais peu importe. Quand on creuse la question de l’énergie, on s’aperçoit qu’on peut la réduire a son facteur déterminant : le pétrole, car c’est lui qui dicte les conditions pour les autres énergies. Pourquoi ? tout simplement parce que c’est la seule énergie qui combine : haute concentration, transport facile, stockage facile, utilisation multiple, et surtout il est abondant et pas cher.
Maintenant, si on observe l’évolution de la production pétrolière, on va s’apercevoir qu’il y a différentes catégories de qualité de pétrole, et que justement, le pétrole de meilleure qualité est venu à décliner en 2005. J’en ai déjà parlé longuement. Il est assez facile de démontrer que sans pétrole pas cher la croissance n’est pas possible. Non pas dans l’absolu (des utopies économistes), mais dans la réalité de notre monde moderne qui dispose de 100 mille milliard d’infrastructure pétrolière.
On comprends donc aisément que le pari fait par les banques était simple : on peut vendre des maisons à des pauvres qui ne peuvent se les payer dans la mesure ou le prix de l’immobilier ne cesse de monter, et qu’ils peuvent les revendre avec plus-values quelques années plus tard, et utiliser cette plus-value comme apport pour remettre au pot pour s’acheter une nouvelle maison… et ainsi de-suite. C’est une forme de ponzi, mais qui peut durer indéfiniment en réalité s’il se calque sur le rythme de la croissance économique.
Cette logique vertueuse typique de la psychologie américaine s’explique par l’optimisme qui a participé à la création du pays, et aussi par le succès de leur modèle dans la course à la mondialisation !
La FED a remonté les taux dans les années 2005/2006 (de mémoire) pour lutter contre l’inflation. Mais d’où sort cette inflation à la base ? On va devoir rentrer dans les méandres de la psychologie de tout un pays, sans parler de sa perception internationales, et tout un tas d’autres facteurs (délocalisations, guerres, perception de la puissance américaine, opposition des pays non alignés, etc…)
En réalité si on se limite à une analyse monétaire ou financière, on va tourner en rond, même si ces approches peuvent nous éclairer sur certaines mécanismes, comme une forme d’élasticité de l’économie dans certaines conditions de normalité, etc…
L’approche analytique ne peut pas nous aider beaucoup, mais elle est nécessaire pour confirmer / infirmer les résultats de l’approche systémique.
L’approche systémique est simple et directe : moins de pétrole, moins de croissance, début des problèmes. La systémique ne va pas nous dire quel seront les problèmes, elle va juste nous dire que les problèmes vont tomber sur quelqu’un, forcément …
C’est comme une voiture, on ne peut pas dire quelle pièce va céder, ni pourquoi, mais on peut dire avec certitude que la voiture est une machine qui sert à se déplacer, qui est soumise à des contraintes, et qu’elle va s’user, et que peu importe comment elle est fabriquée, une pièce finira par céder quelque part. L’analyse nous permet de savoir que telle ou telle pièce est plus fragile, et que selon les conditions de conduite, il a des chances qu’elle soit touchée en premier.
Les deux approches sont complémentaires. Mais, j’insiste, je le redis, aujourd’hui notre société vit une crise de sa "rationalité".
C’est un aspect fascinant de la pensée humaine. La logique analytique s’intéresse aux liens de cause à effet, alors que la logique systémique va rechercher les synchronicités.
Imaginez une situation : Prenez deux hommes qui se battent et demandez leur pourquoi ?
- L’un dira "je l’ai frappé parce qu’il m’a poussé",
- l’autre répondra "je l’ai poussé parce qu’il ma provoqué",
- le premier : "je l’ai provoqué parce qu’il m’a insulté"
- le second : "je l’ai insulté parce qu’il m’a manqué de respect"
- et au final on aboutira a : le regard des deux hommes se sont croisés "par hasard", et, pour on ne sait trop quelle raison, un trop plein de testostérone, une mauvaise journée, une enfance difficile, aucune des deux n’a voulu baisser son regard et "céder".
Il y a eu une synchronicité, il n’y a aucune cause première, il n’y a pas l’un des deux qui a commencé. C’est arrivé pour d’autres "raisons". Pour comprendre il faut dépasser le mur de la causalité, sorte d’horizon indépassable de la logique analytique, comme la vitesse de la lumière ou la constante de Planck (selon qu’on regarde dans l’infiniment grand ou petit)..
Et si on cherche les raisons, on va trouver que par exemple, statistiquement il y a une recrudescence des agressions, et peut-être on va remonter à une augmentation de la criminalité, et donc de la méfiance des gens qui sont tendus, etc…
Mais il n’y a pas de cause "directe" de "raison précise".
Et là, on entre dans un nouvel univers de pensée quand on regarde comment les synchronicités fonctionnent. Imaginez ce que peut donner la systémique appliquée au domaine de la santé par exemple ? C’est quelque chose qui a été évacué/refoulé de nos sociétés.
Pourquoi ?
Il y a des abus, car la pensée systémique et la maturation d’une pensée symbolique, elle même maturation de la pensée magique. Malheureusement ce genre de pensées nous a amené a des superstitions, des guerres, des sectes, de l’inquisition, etc…
Par exemple, pour ne citer qu’un cas parmi les plus connus : l’astrologie. Je ne dis pas que le principe de l’astrologie est faux, je n’en sais rien. Par contre, je dis que c’est clairement un abus de la pensée analogique/systémique, car l’astrologie actuelle n’est pas basée sur une démarche rigoureuse (il faudrait pour cela observer s’il y a des relations statistiques entre les configurations des étoiles et les événement sociologiques pour commencer), sans parler des autres dérives, du genre l’effet Barnum.
Autre exemple très intéressant : la santé. D’ailleurs on retrouve cet affrontement entre les 2 logiques analogique/analytique dans ce domaine, entre la médecine allopathique et les médecines alternatives (l’homéopathie par exemple utilise la logique systémique) … et les mêmes dérives des deux cotés : la médecine pétrochimique ne parvient pas à guérir car elle cible un organe et ne comprends pas les répercussions sur le reste du corps ou même dans la vie du patient, et les médecines alternatives sombrent parfois dans des superstitions idiotes, mais la médecine chinoise par exemple obtient tout de même des résultats.
Il faut donc parvenir à réconcilier les deux approches, à les utiliser a bon escient.
Malheureusement, la pensée Yin (analogique) a été chassée par la pensée Yang (analytique) dans notre société.
Et la, on est en plein yoga, qui consiste à "unir" (les opposés entre autre).
WordPress:
J’aime chargement…
Commentaires récents