Même si cette réforme des retraites est injuste et anachronique, il est trop tard pour faire la grève. Le gouvernement n’a aucun autre choix et je parie qu’il irait même jusqu’à l’affrontement physique pour faire passer ses réformes sur les retraites. C’est littéralement une question de survie pour lui. C’était quand ils ont fait semblant de sauver les banques qu’il fallait manifester et réagir. Maintenant la machine à mentir s’est enclenchée.
Le mensonge est double et prends en sandwich nos dirigeants. D’une part, ils ont vendus au peuple le mythe du progrès (social) éternel et de l’accumulation de richesse (matérielle) infinie. Et comme "tout va bien – dormez bien" (le pic oil n’existe pas – la France est un pays riche avec un PIB qui augmente et qui dispose du nucléaire), il n’y a objectivement aucune raison de se serrer la ceinture. Ca c’est le mensonge plébéien.
L’autre mensonge est plus subtil. Il concerne la fameuse note AAA de nos bons au trésor qui est véritablement la clé de voûte de toute notre économie. Sans elle, l’économie s’effondre comme un château de carte. La vraie question est de savoir à quoi cette note tient. Elle tient au maintient d’un mensonge, ou disons plutôt d’une illusion. Si l’on regarde pourquoi et quand les notes des pays sont dégradées (ou l’inverse) on comprends qu’il ne s’agit pas vraiment de la situation économique du pays qui compte. Ce qui compte, c’est la capacité/volonté du pays à rembourser ces dettes. D’où les fameux plans d’austérités et réformes des retraites. Cette capacité est essentiellement politique. Voila pourquoi la note de l’Espagne a été dégradée le jour ou d’immenses manifestations secouaient le pays. Tant que les marchés ont l’illusion que le gouvernement maîtrise le jeu, on garde le AAA.
Comme je l’ai expliqué précédemment (pourquoi la France perdra son AAA, l’état Français ruiné ?):
- le rapport Pebereau qui montre que la France maquille ses comptes via les engagements retraites notamment (de l’ordre de mille milliard d’euros – pas de chiffre exact disponible).
- la grande braderie de la privatisation qui ruine l’état (quelques centaines de milliards d’euros – pas de chiffre exact disponible) qui ne peut plus rembourser ses dettes.
- les privilèges à des fins électorales (plusieurs dizaines de milliards d’euros par an) que sont les niches fiscales
- à quoi je rajoute : la dette des Français détenue à 70% par les étrangers
- et aussi : le faux effet de richesse de la bulle immobilière (qui pèse pour 20% du PIB)
- et aussi : les banques françaises se refinancent via des déductions d’impôts de leur bad banks. Ce qui revient à faire payer le peuple.
- et aussi : le déficit de la balance commerciale qui montre qu’on dépense beaucoup plus qu’on ne gagne.
Pourtant si la France perds son AAA, les taux remontent, l’immobilier s’effondre, la fin de l’effet loupe sur le patrimoine nous fait perdre quelque points de PIB, enclenchant une spirale infernale à la Grecque. La seule vraie raison qui fait qu’on garde notre AAA, c’est que le AAA nous donne des "facilités" (taux bas) qui nous permettent de garder le AAA. Mais ça ne peut durer. Et vu comment le gouvernement maquille la situation, quand le vernis du village potemkine qu’est la France va craquer, quand le roi sera nus, la situation profondément se dégrader. Les conséquences vu le maquillage de situations Française sont tels qu’il faut à tout prix que le marché garde ses illusions sur la France. Quitte à utiliser la violence. Le gouvernement s’y prépare d’ailleurs via une instruction interministérielle qui prévoit de pouvoir déployer 10 000 soldats sur le territoire. Est-ce que la Chine viendra encore nous sauver (visiblement ni l’Europe ni le FMI n’en ont les moyens) ? en échange de quoi ?
ADDENDUM (19/10/10) : un économiste confirme, l’état failli n’a pas le choix, d’ici 2012, de sera réformes quitte à déclencher une révolution ou faillite argentine.
D’ici 2012, 2013, gros mur de la dette devant nous alors qu’on doit refinancer énormément de dettes. Ou on se réforme dans les 2 ans qui viennent, ou il y a une crise sur la dette française qui fera passer la crise grecque comme de la roupie de sansonnet. Aujourd’hui, le marché obligataire français est le 3ème par la taille. Y a que les japonais et les USA qui ont des plus grosses dettes en terme absolu. Il y arrive un moment où on fait peser un risque systémique sur tout le système. Et ça c’est entre 24 à 36 mois à tout casser. Alors les gars, ça sert à rien de défiler derrière des drapeaux rouges ou noirs. Si il y a plus de pognon, y a plus de pognon.
Les taux grecs étaient collés aux taux allemands jusqu’en 2008. En 2008, l’écart a commencé à s’écarter. Aujourd’hui, on est à près de 8 points de spread aujourd’hui. Pour la France, on était collé sur les taux allemands sans problème. La France a commencé à s’écarter elle aussi de l’Allemagne fin 2008, début 2009. Les plus malins dans les gérants obligataires commencent à vendre les obligations françaises. Doucement doucement. Y a pas de panique. Mais quand la panique arrivera, c’est le jeu des chaises musicales. La musique s’arrête et y a pas de chaises pour tout le monde. Si les taux passent de 2.5 à 5, le service de la dette va doubler. On est à la veille de perdre notre indépendance. Ou on se réforme ou c’est le FMI, ou l’Allemagne. Je ne sais pas qui est le pire.
Les CDS de la France montent… On est passé de 30 à 90. On est là où était la Grèce il y a deux trois ans… Si on passe à 200 puis 400, ça va pas être beau à voir. Les gens peuvent bien défiler, 65% de la dette est détenue par des étrangers. Si ils veulent plus l’acheter on est mal, et s’ils veulent la vendre on est très mal.
Il n’y a pas de sortie possible sans qu’il y aie une baisse profonde des salaires des fonctionnaires. Ça va pas être facile à organiser. Ça va pas être beau à voir. Et de l’autre côté il faut libérer les secteurs de croissance. La santé, l’éducation, le transport…Il va falloir faire ce qu’ont fait les suédois pour libérer la croissance : privatiser l’éducation, les retraites, la sécurité sociale. On a des jours intéressants devant nous en France. Il ne faut pas s’imaginer une seconde qu’on va pouvoir y échapper. Pendant 30 ans, le choix c’était je réforme ou j’emprunte. Bien sûr, ils ont emprunté. A partir de maintenant, le choix, c’est je réforme ou je fais faillite. Donc c’est la Suède ou l’Argentine. En Argentine, la baisse du niveau de vie a été de 50%. En Suède, la baisse a été de 5% pendant un ou deux ans puis ensuite on est repartis derrière. La taille de l’État suédois a baissé d’un tiers par rapport au PNB ces dernières années. La dette suédoise est sur une pente descendante. Le taux de croissance est de 4%. Ils ont des excédents budgétaires, des excédents commerciaux. Et ils vont très bien merci. Et ils ont fait faillite en 92. Donc on sait très bien ce qu’il faut faire. Ce que la Suède a fait, ce que la Canada a fait, ce que l’Australie a fait, ce que l’Angleterre a fait sous Thatcher, et bien il va falloir le faire. Alors je ne sais pas si on va y arriver.
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