Blog de Yoananda

Petit anti-manuel de la pensée unique, pour lire entre les lignes

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Après l’éffondrement pétrolier : un monde low-tech ?


Selon moi on ne peut pas exclure un effondrement global et brutal de la société dans les années à venir (si ce n’est pas en jours qu’on compte !). Mais on ne peut pas exclure non plus un effondrement progressif, ni même un effondrement temporaire. Dans tous les cas ce sera un monde sans pétrole à l’horizon 2050 ans, c’est à dire dans 35 ans, pour la génération suivante. Même si on trouve une solution, il va y avoir des changements. Ce que je veux dire, c’est qui son s’accroche au pétrole et tout le mode de vie qui en découle, on va souffrir. Alors je vous proposes d’essayer de se projeter dans cet « autre monde » qu’il va falloir construire …

Je vous proposes donc de jouer à « Civilization », mais en mode « Collapse ».

Je ne fais qu’exprimer un avis, c’est un sujet tellement complexe qu’on ne peut être sûr de rien. Ce sont quelques pistes de réflexion.

D’ici moins de 5 ans à l’échelle mondiale, si la guerre n’éclate pas avant, la production de pétrole devrait se mettre à diminuer. Même si par miracle le pétrole ne connaît pas de déclin, il sera beaucoup plus cher au fil du temps. Tout le monde (y compris ceux qui sont contre le pic pétrolier) est d’accord pour dire que le pétrole pas cher, c’est fini. Officiellement en Europe, nous consommons déjà moins de pétrole, mais cette consommation est en partie externalisée. Toujours est-il que nous sommes déjà en train de « muter » d’une économie basée sur le pétrole à autre chose. L’Europe du nord à déjà bien entamé sa transition, la Chine le fait aussi à marche forcée. Les USA s’accrochent au pétrole avec leurs huiles de schiste et la fracturation hydraulique et à foi dans les « marchés ». Des armées de chercheurs de part le monde essaye de résoudre cette question épineuse, mais pour l’instant, sans succès.

Parmi les pistes technologiques actuelles, on a tout ce qui est « nano » et « bio tech » pour produire et stocker de l’électricité. Je pense par exemple au solaire organique, au graphène, aux méta-matériaux, etc… Le nucléaire mourant tente de se renouveler à travers les réacteurs à neutron rapides (en France, un prototype est prévu d’ici 2020.), et la filière Thorium (Chine + Inde), sans garantie de succès. C’est une course contre la montre alors que l’austérité frappe à la porte et que les programmes de recherche dispendieux vont finir par être sabordés.

Nous sommes en 2014, en France. Un pays qui veut se préparer à la transition énergétique et à la raréfaction du pétrole doit prévoir une 30aine d’années. Nous avons donc plus ou moins entre 30 et 40 ans de retard (pic « pétrole pas cher » en 2005, et pic « pétrole » avant 2020). L’Autriche par exemple à démarré dans les années 70, et a priori elle sera bien mieux armée que nous. Les Allemands sont déjà à 17% (de mémoire) de maisons autonomes. Vous pouvez penser que Hollande et Ségolène vont résoudre le problème, ou bien, vous pouvez penser qu’il est temps de se prendre en charge soi même même s’il existe un mouvement de « villes en transitions » qui font des efforts dans ce sens.

Se poser la question de l’énergie à 3 avantages :

  • réduire la facture si la crise ne dégénère pas trop
  • améliorer sa résilience si la crise s’amplifie (brutalement ou pas)
  • préparer le monde d’après en cas d’effondrement

Sans parler du fait que tout ce qu’on fait par nous même réduira la difficulté de la transition globale et la souffrance qui en découle… on n’est pas toujours obligé d’attendre que d’autres le fassent pour nous.

Imaginons un monde sans pétrole, mais pas sans technologie. A quoi pourrait-il ressembler ?

Le moteur à explosion (essence ou diesel), c’est fini. On pourrait revenir à la vapeur pour les trains, mais c’est peu probable car sans pétrole, on retourne à l’étape d’avant : le charbon et le pic charbon a déjà été franchi en 1913. Donc on retourne à l’étape d’encore avant : le moyen age. Mais avec toute l’infrastructure actuelle à recycler, qui servira donc encore un moment en principe.

La voiture individuelle c’est fini (c’est déjà un peu le cas si vous regardez en ville avec l’essor du covoiturage, de l’autopartage, et des voitures en location), ainsi que les supermarchés, les voyages en avion, et donc le tourisme risque de beaucoup souffrir (nous sommes toujours le premier pays touristique du monde malgré le fait que Paris aie maintenant la réputation d’une ville peu sûre). L’agriculture intensive ne devrait pas y survivre, de même que les élevages intensifs, et c’est autant une bonne qu’une mauvaise nouvelle (plus de qualité, moins de quantité).

Ce pourrait être un moyen-age grandement amélioré : nous savons qu’il faut traiter l’eau et nos déchets ménager pour éviter les maladies et les épidémies. Nous avons un bon paquet de technologies qu’on peut préserver même dans des conditions dégradées. Et c’est le sujet de cet article. Je laisse de coté la question militaire, et la question des transports pour l’instant (même si elles sont déterminantes).

Si l’industrie s’effondre, il restera l’artisanat quoi qu’il arrive.

Au niveau local, les seules techno envisageables sans système (industriel) de production, acheminement, installation, maintenance complexe sont : les moulins (mécanique), les éoliennes domestiques, le petit hydro-électrique, et le solaire thermique, et le solaire à concentration (avec stirling ou turbine vapeur).

Le photovoltaïque demande de la haute technologie, donc des usines, des matériaux rare (difficilement extractible), des procédés compliqués. C’est pareil pour les batteries modernes d’ailleurs. Pour l’instant seules les batteries plombs/acide et les steps sont envisageables en mode artisanal ou en mode recyclage. Imaginez que l’un de vos panneaux vous lâche ou que le froid à grillé votre batterie ? Si le remplacement ne peut plus être livré de Chine, vous faîtes comment ? Bien sûr, c’est un cas extrême. Je pense que le photovoltaïque est un bon compromis face au monde incertain de demain, il nous donne 20 ou 30 ans de mou, histoire de ne pas repartir à zéro.

Il faudra faire avec l’intermittence. Et je trouve que de se re-relier à la nature n’est pas du tout une mauvaise chose, au contraire. On va vivre moins speed en étant forcé de ne rien faire de temps à autre.

Dans tous les cas, si technologie il y a, elle sera électrique. On ne va pas retourner au gazogène. Que les savants invente autre chose ou pas, que l’industrie lourde résiste ou pas. Le peu de pétrole qui restera sera réservé aux tracteurs, aux chars, et aux yacht je pense.

Mieux, ça pourrait être carrément sympa. Mais la, je rêve un peu parce que ça suppose qu’on réussisse à préserver de la haute-technologie au milieu du chaos. C’est possible, mais ça va être compliqué, ce sera surtout une question de choix.

Aujourd’hui on a une technologie encore balbutiante mais qui pourrait très bien se répandre d’ici quelque temps (elle fait le buzz en ce moment et pourrait décoller d’ici peu). Avec les imprimantes 3D on pourrait fabriquer, entretenir et inventer nous même nos propres systèmes de production d’énergie. Exemple : 3D printed wind turbine.

A working proof of concept

On pourrait aussi (ça commence à se faire tout doucement) changer les pièces de nos vélos, de nos trottinettes électrique (et oui on pourrait même imprimer nos batteries avec dans l’absolu).

Les hackers se sont lancés un défi : parvenir à imprimer une imprimante 3D. Si on a arrive à boucler la boucle (bootstrapper) on s’émancipe de l’infrastructure actuelle, et dans ce cas, peu importe qu’il s’effondre ou non. La version extrême étant le « civilisation starter kit ».

Avec la domotique, on peut gérer de notre maison au plus près, commander les systèmes en fonction de la météo, et réduire (de l’ordre de 30% sans faire d’effort) notre consommation. Il y a beaucoup de choses qu’on peut améliorer mais je pense qu’il faudra aussi faire des arbitrage au niveau du confort. Ces systèmes de pilotage ont en plus l’avantage de presque rien consommer.

 

Quels risques de coupure électrique ?


J’ai accumulé pas mal de notes sur la question électrique. Je commence à mettre ça en forme, même si ce n’est peut-être pas la meilleure manière de l’aborder, je dépile un peu …

Pour l’instant, malgré la crise, il n’y a pas eu de grosses « rupture de la normalité » en France (ce n’est pas le cas dans d’autres pays). Il y a des gens dont c’est le métier de prévoir les risques et ils font des beaux rapports mais le problème c’est qu’ils raisonnent dans un cadre restreint du « business as usual », il faut donc creuser un peu pour savoir vraiment ce qu’on risque.

Dans les années à venir, a cause des perturbations climatiques (qu’elles soient du à l’homme ou pas n’est pas la question), a cause des tensions géo-économiques, et à cause du vieillissement des infrastructures et de la compétition pour les ressources, cela pourrait être différent.

Les fossiles étant condamnés à moyen/court terme, voyons un peu comment ça se passe pour l’électricité actuellement.

Aux USA

Histoire de planter le décors regardons du coté du phare de la civilisation (lol) comment ça se passe :

On voit clairement un augmentation exponentielle des pannes électriques. Pour l’instant, ça passe relativement inaperçus parce qu’au final, ça n’empêche personne de vivre … par contre, pour les industriel, c’est un coût supplémentaire à intégrer.

Cependant, n’oublions pas qu’en 2003, 50 millions de personnes se sont retrouvées sans électricité pendant 2 jours aux USA/Canada en raison d’une défaillance en cascade.

Blackout picture - full moon over darkened New York City skyline during massive East Coast blackout in 1965

Il semble bien que ce soit lié aux intempéries :

outages

Ceci dit, je pense que la vétusté des installations y est pour quelque chose aussi.

Bon ce n’est pas la fin du monde me direz vous. Ceci dit, moi quand je vois une courbe exponentielle, j’ai tendance à me méfier. Ou en est-on en France ?

En France

En guise d’apéritif je vous invites à lire ce témoignage d’un agent de maintenance de l’EDF. Il n’y a pas que l’infrastructure qui vieillit, les agents aussi !

Mon métier c’est de rétablir l’électricité 24h sur 24h toute l’année dans n’importe quelles conditions et par n’importe quel temps. [...]
Aujourd’hui beaucoup de mes collègues sont fous de rage.
Par ou commencer ?
 
Je suis en colère.
 
Jamais ce pays n’a été autant dépendant de l’électricité, et jamais, nous, les monteurs, n’avons été aussi peu nombreux, et avec des moyens aussi dérisoire.
[...]
Le réseau, en particulier dans les centres villes, est obsolète et sous dimensionner.
On en est au point ou les câbles fondent tant l’intensité qui y transite est importante.
Le problème c’est que cette entreprise, comme beaucoup, subit des dépars massif à la retraite de la génération des baby boomers, et puis elle est touchée par la maladie de l’encadrement.
 
En clair il y plus d’officiers que de soldat.
 
Pour ne rien arranger, nous sommes paralysés par les taches administratives, qui paradoxalement se sont accrus depuis l’arrivée de l’informatique.
En même temps, on nous demande de faire de plus en plus de travail sans nous en donner les moyens.
 [...]
En résumé, edf compte sur les opérateurs de téléphonie mobile pour piloter son réseau et les opérateurs de téléphonie mobile comptent sur edf pour alimenter leurs antennes.
[...]
Nos centrales nucléaires on toutes été construitent en même temps…il y’a 30 ans.
 
Elles ont été conçus pour durer 30 ans.
[...]
Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est qu’aujourd’hui tous les réseaux, quelque soit leur nature, sont interdépendants et qu’ils le seront de plus en plus.
 
Personne ne peut prédire les conséquences de l’effondrement d’un système de support sur les autres systèmes de support.
Bon, c’est un gars en colère, mais au final le job est fait semble-t-il. Dans toutes les boites, quand on regarde sous le capôt on est effaré et on se demande comment ça peut tenir debout. Il ne faut donc pas prendre ça au pieds de la lettre, ceci dit, il faut en tenir compte quand même.
Ou en est-on concrètement ?
Pour l’instant chez nous, ça ne se passe pas si mal, mais on voit bien l’effet que peut avoir une tempête (2009 avait été sympa !) :
temps moyen de coupure annuel
La tendance est à l’augmentation légère, mais pas de quoi être trop alarmiste pourtant. Le rebond de 31% en 2013 serait du aux intempéries, malgré la modernisation engagée par ERDF.
Selon la Fédération Française des Sociétés d’Assurance, le coût des intempéries a représenté 1,1 milliard d’euros en 2013, « soit l’équivalent d’une catastrophe naturelle majeure. »
[...]En 2012, le nombre de ces épisodes (tempêtes, vagues de froid) avait déjà quadruplé, avec huit évènements majeurs recensés. En 2013, il y en a eu neuf, mais quatre de très grande ampleur, a souligné Gilles Galléan, le directeur technique du groupe.
Pourtant en 2016 les choses vont se compliquer. D’une part, nous allons réduire notre capacité de production, d’autre part, nous allons ouvrir de nouvelles lignes haute tension vers les pays frontaliers :
Près de 7.700 mégawatts de centrales à charbon et au fioul, soit l’équivalent de près de cinq gros réacteurs nucléaires, doivent ainsi fermer d’ici la fin 2015, la moitié de ces fermetures étant déjà actée.
[...]la réduction du matelas de sécurité français « ne permettrait pas d’assurer la sécurité d’approvisionnement en cas de vague de froid intense »
Semble-t-il nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne :
La Carte de France des coupures d'électricité
Je ne sais pas trop si ça peut servir à quelque mais il y a un traquer de coupure en ligne ici.

Étude (rapide) du cas Grec

Si on prends la Grèce comme modèle de ce qui nous attends, on voit que la consommation électrique globale du pays diminue depuis 2008 (plusieurs sources corroborent).

 greece electric power consumption kwh wb data

Mais beaucoup moins que la consommation de pétrole. Et chose étonnante, il semble que les renouvelables progressent !!!

Quel avenir ?

Heureusement (pour l’infrastructure du moins) à cause de la crise, la consommation d’électricité diminue en Europe de l’ouest. Il semble que le pic de consommation d’électricité soit en 2011 pour la France, 3 ans de retard par rapport à la Grèce (et il semble qu’on maintienne ce retard aussi dans l’austérité qui va faire parler d’elle dans quelques jours d’ailleurs).

Les livraisons d’électricité en Europe de l’ouest ont déjà atteint leur pic ! Deux explications (pas forcément exclusives) : c’est la crise, l’austérité qui fait diminuer la consommation. Autre possibilité : 17% des Allemands sont autonomes en énergie, ils ne « livrent » plus d’électricité mais la consomme sur place sans participer au marché. La tendance doit être sensiblement la même dans les pays du nord et pourrait expliquer cette décrue.

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Pour l’instant donc ça ne se passe pas si mal, mais le risque existe, et je ne suis pas certain qu’on puisse considérer l’appauvrissement des populations comme un bon signe. Bien sûr, quand on a une coupure d’électricité, c’est toujours au pire moment : soit il fait très froid, soit on a les pieds dans l’eau …

Cet article de Patrick Reymond montre bien comment la maintenance devient de plus en plus compliquée, quelque soit le domaine (la on parle des voies ferroviaires mais ce n’est pas si différent des voies électriques) :

Mais tout cela permet de vérifier « la loi d’airain », des infrastructures : une fois en place, elles sont tout bonnement, il est peu ou pas possible des les entretenir, parce qu’ils n’y a pas d’alternative réaliste, sinon, à quelques centaines de millions d’euros, qui, une fois réalisée, provoquerait quelques années plus tard, une congestion.

Et encore, là, la configuration est celle d’un département d’un peu plus de 200 000 habitants, donc, où les travaux, finalement, sont encore possibles.

Après, on imagine que si les 200 000 étaient 300 000 ou 600 000 les problèmes prendraient une autre taille, ingérable.

Rajoutons à cela que le monde à déjà passé le pic nucléaire, la soit-disante filière d’avenir :

nuclearproduction.jpg

Mais surtout regardez ceci :

partnuke.jpg

Et ceci :

partnukeelectr.jpg

Je crois que ça se passe de commentaire. Je rappelle que le nucléaire est vieux, qu’on ne sait pas traiter les déchets, qu’on ne sait pas démanteler (techniquement on « sait » faire, mais à un coût raisonnable, non). Et avec la crise, je crains qu’on ai du mal à avoir les moyens financiers de gérer notre bousin nucléaire. Que penser des investissement massifs que le pays fait dans cette filière ? Des milliards dépensés pour ITER ? Ça sent un peu de « baroud d’honneur » de la part du nucléaire quand même. Si d’ici 2020 la filière des « neutrons rapide » ne donne pas de résultat … ça risque d’être tendu. C’est un peu quitte ou double la. A vous de voir si vous pariez dessus ou pas.

Conclusion

L’électricité est amenée à prendre de plus en plus d’importance dans nos vies, si (ou plutôt puisque) les fossiles sont en déclin. S’il n’y avait pas la crise des ressources, ça ne se passerait pas si mal en fait.

Mais on a 4 risques qui augmentent en même temps pour l’ensemble du réseau électrique français :

  • complexification, interdépendance accrue, risque d’effet domino
  • vieillissement de l’infrastructure et des agents de maintenance
  • risque économique (manque de moyens, manque de provision pour les risques, appauvrissement)
  • risque géo-politique (cf l’Ukraine, même en cas de problème sur le gaz, on pourrait en avoir des répercussions ici par une demande en surplus)

Sur le court terme on risque des coupures locales, plus longues, plus souvent. A priori pas de risque de coupure majeure en vue pour l’instant, mais si vous vous chauffez à l’électrique en hivers, méfiance quand même. Sur le long terme, un prix de l’électricité va augmenter, et donc, il y aura des arbitrages à faire chez soi pour réduire la facture. Vous pouvez commencer à vous y préparer à mon avis si vous ne voulez pas être pris par surprise un jour.

Vous pouvez toujours compter sur le big business et l’état pour vous venir au secours, mais vous pouvez aussi commencer à vous prendre en charge (pas besoin d’être millionnaire pour ça).

Pour conclure un article sur la maison solaire autonome : est-ce encore une question de rentabilité ?

Basculer vers l’autonomie énergétique est une démarche qui appelle de nombreuses questions. Ou affirmations. L’une des plus fréquentes est celle de la « rentabilité ». « Si je passe au tout solaire, sans EDF, il me faudra 8 ans pour que ce soit rentable » est une phrase fréquemment entendue ou lue. Certains vont parler de 10 ans, 12 ans avant « rentabilité ». Le calcul effectué est assez simple : additionner sa note EDF sur un an, celle de l’installation solaire, et diviser cette dernière par le montant EDF. Le nombre qui en ressort  est censé correspondre aux années passées à payer EDF jusqu’à atteindre le montant de l’installation solaire. Lorsque l’échéance est atteinte, c’est un seuil où l’on commence à « gagner » de l’argent, ou tout du moins, en économiser. L’électricité deviendrait alors « gratuite ». Pourtant, la démarche de l’autonomie énergétique ne fonctionne pas de cette manière. Particulièrement aujourd’hui.

[...]

Croire que l’autonomie électrique d’un habitat est seulement pour son propriétaire une manière d’éviter de payer des factures EDF procède d’une vision très étroite du sujet. Tout comme laisser croire qu’on participe à « sauver la planète » en produisant soi-même son électricité solaire. L’autonomie énergétique est avant toute chose une démarche intellectuelle, politique, philosophique, en lien avec la liberté, et de façon plus générale, les libertés. Comme le logiciel libre empêche qu’une « œuvre codée », collective ou non, ne devienne la propriété d’un petit nombre qui obligerait le reste à « passer par lui » pour en bénéficier, l’autonomie électrique redonne le pouvoir à celui qui la crée.

guerre-energie

Ce pouvoir va au delà du simple fait de ne devoir rien à personne pour allumer des lumières et faire fonctionner des appareils électriques. Il va au delà de ne pas polluer lorsqu’on consomme de l’électricité. Ce pouvoir est celui de ne pas être soumis. Asservi. Pas simplement à une entreprise, mais à un ensemble : un système et des valeurs. La maîtrise technique est un moyen de changer d’état d’esprit, d’appréhender le rapport à la société, à l’Etat, d’une autre manière. Dans un système où l’infantilisation des citoyens est de plus en plus poussée à grands coups de normes,  de réglementations censées protéger chacun de soi-même et des autres, produire son électricité est une voie excessivement libératrice. Qui redonne du sens, et replace l’individu comme adulte.

Controverse : Contre argumentaire du pic pétrolier


La crise peut s’expliquer par le pic pétrolier seul, mais aussi par la finance à elle seule.

Dans cet article je vais défendre le point de vue opposé du pic pétrolier. En général dans un blog on ne fait pas ce genre d’exercice, on a une ligne éditoriale, un public qui l’apprécie, et donc on s’y tient, on ne prêche pas pour l’église d’en face. Mais quitte à brouiller les pistes, ça me paraît important de le faire. C’est d’ailleurs les picquistes qui m’y ont incités ainsi que la lecture du rapport annuel de BP (sorti le 16 juin). Je suis bien obligé de constater que la production mondiale de pétrole, et même d’énergie tout court continue d’augmenter.

Contres-arguments

La répartition de la valeur ajoutée à beaucoup diminuée pour les salaires. Les gens gagnent moins, donc ils consomment moins, et donc, le PIB patine, on compense par de la dette mais cette dette ne fait que renforcer le déclin de la part salariale, et au final on à besoin de moins en moins de pétrole, dont la production croit de moins en moins : non pas à cause de la difficulté de production, mais de la faiblesse de la demande.

Ce n’est donc pas la production de pétrole qui limite l’économie, mais la demande économique qui limite la production de pétrole.

C’est une question fondamentale, car dans un cas, il y a pic pétrolier, et donc gros problèmes à l’horizon, dans l’autre, il y a juste les cycles économiques (plus ou moins) normaux et le business as usual.

Voici depuis 1999 les chiffres de la production :

1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006
72293 74983 75213 74991 77639 81054 82107 82593
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013
82383 82955 81262 83296 84049 86251 86808

On voit bien un trou d’air APRES 2008, puis une reprise ensuite. De même un trou d’air léger APRES 2001 et la bulle dotcom.

Je sais bien que ces chiffres incluent les pétrole de schiste, offshore et tutti quanti, mais en volume … ça monte. Ça diminue temporairement après les crises.

Pire, chaque année on découvre du nouveau pétrole et on améliore les techniques d’extraction pour les anciens, du coup, même si on consomme plus, proportionnellement on a accès à de plus en plus de pétrole :

On voit bien que ça stagne entre 2005 et 2008 mais la crise n’est pas surgie de nulle part, il y a un processus de maturation. Donc on peut y voir déjà la faiblesse de la demande et dire, à postériori, puisque les volumes ont augmentés ensuite, que c’était bien la demande et non pas la production qui étaient déficients (ou bien un simple phénomène de retard le temps que les investissements deviennent de vrais puits).

Le contre-argument c’est qu’il aurait été prouvé (par Jancovici) que le pétrole diminuerait avant le PIB d’environ 1 an. Le problème c’est qu’il y a des effets retards dans l’économie : on fait des stocks de matière première, d’épargne, de produits, et le bilan comptable n’est fait qu’à la fin de l’année. Je ne sais pas si c’est pareil partout mais les impôts sont payés 1 an plus tard, et les budgets sont votés 1 an à l’avance. On a donc un décalage potentiel d’au moins un an justement… ce qui invalide cette histoire que le déclin du pétrole précède le déclin économique. En plus ce fameux décalage ne saute pas aux yeux. Sans compter que la production de pétrole est loin d’être instantanée : il faut investir et mettre en production les nouveaux puits : ça demande des années, il faut donc une anticipation correcte, sinon vous produisez trop et les prix s’effondrent, ou sinon vous produisez trop peu et les gens croient que c’est le pic pétrolier (et les prix montent).

Autre argument : l’argent est abondant avec les QE et compagnie, donc si l’économie patine, c’est que c’est le pétrole qui se raréfie. C’est oublier la vitesse de circulation monétaire : l’argent à beau être abondante s’il reste sous l’oreiller, c’est comme s’il n’était pas la.

La croissance ou son absence de production pétrolière s’expliquerait par des facteurs géopolitiques et non pas technologiques.

Après la 2ème guerre mondiale, il faut reconstruire l’Europe, ce qui tire l’économie mondiale entière avec les 30 glorieuses et la demande de pétrole s’accélère fortement. Puis vient la guerre Kippour, l’embargo arabe envers tout ceux qui soutiennent Israël. Idem pour le 2ème choc pétrolier, c’est la chute du Shah d’Iran. Cependant en 30 ans, on a reconstruit, et il y tout d’un coup moins de travail et donc, trop de pétrole. Les années 80 voient donc le contre-choc pétrolier ou les prix diminuent fortement mais l’économie patine et l’occident se lance dans la dérégulation pour se redonner un second souffle, c’est le reaganisme et le tatchérisme. Le 3ème choc pétrolier s’expliquerait donc par la crise des subprimes suivie de la crise de la dette, mais surtout par l’arrivée progressive des papyboomer qui mécaniquement saturent l’économie de dette (qu’on leur rembourse à eux notamment) et asphyxient les jeunes.

Et le fait que la production globale mondiale de pétrole augmente fortement en 2013 crédite à posteriori la thèse d’une faible reprise due au travail des banques centrales pour rétablir la confiance. Le pétrole n’a jamais manqué puisqu’il est au rendez vous, a postériori.

Autre argument : en France la consommation pétrolière diminue depuis 30 ans, et pour autant, ce n’est pas la fin du monde, ni même celle de la croissance (même si elle s’étouffe progressivement).

On peut donc faire de la croissance avec moins de pétrole. Même si nous sommes un peu un cas particulier avec le nucléaire, ça montre que c’est possible, et le gaz ou le charbon peuvent tenir ce rôle.

Exemple: un ordinateur consomme 60W, probablement moins que les premiers ordinateurs, pourtant on fait de plus en plus de choses avec : il y a des métiers entiers qui sont basés dessus. Toute une partie de l’économie (qui en plus est en forte croissance) utilise peu ou moins d’énergie au fil du temps et génère du PIB. C’est ce que les économistes nomment le passage à l’économie de service (au lieu d’une économie industrielle). C’est d’ailleurs ce que vit la Chine en ce moment.

Même la fin de Bretton Woods que les picquistes comme moi expliquent par le pic pétrolier USA peut être expliqué par la guerre du Vietnam et surtout le rapatriement des réserves d’OR par les pays tiers (initié par De Gaule). Les pénuries d’essence et les files d’attentes pour faire le plein aux USA n’auraient été que la conséquence de la peur des gens qui se seraient précipités pour faire des réserves (peut-être qu’ils avaient pris ce genre de réflexes à la suite de la crise des missiles de Cuba).

La crise actuelle ne serait pas due au pétrole, mais au statut menacé du dollar en tant que monnaie de réserve mondiale. Cause ou conséquence, en tout cas, ça secoue !

Conclusion ?

Pourquoi raconter tout ça alors que j’ai longuement défendu le pic pétrolier ?

D’une part parce que je peux me tromper, et il est important de savoir entendre un point de vue opposé au sien. D’autre part, parce que ça montre pourquoi le sujet du pic pétrolier reste cantonné à des débats d’experts et ne perce pas dans les média main-stream. Vu que la courbe de production pétrolière augmente, l’évidence ne prêche pas en faveur d’une quelconque pénurie.

Pire : peut-être que les deux explications ne s’excluent pas, mais se complètent. Peut-être un cycle de pénurie engendre un cycle de demande plus faible qui provoque un moindre besoin de pétrole, et que c’est l’inverse par moment selon d’autres facteurs, comme la psychologie sociale à l’échelle de l’humanité ? Allez savoir …

Ce qui fait que selon la manière dont on regarde, on peut voir une explication ou l’autre.

Pour certains elle tourne à gauche, pour d’autre elle tourne à droite, et si vous vous concentrez vous pouvez faire changer la direction vous même …

Question de point de vue.

Il faut aller plus loin.

Nous avons Steven Koppits qui dit en substance que si le pétrole était la, l’Asie se développerait plus vite qu’elle ne le fait. Mais le soucis c’est ça ne prends pas en compte le changement climatique. L’Asie voudrait bien, mais ne peut point, parce que la bas la pollution est telle qu’ils sont obligés de prendre des mesures. On a aussi les travaux de Gaël Giraud sur la co-intégration du PIB/Pétrole mais au final, la valeur prédictive est assez minime.

Contrairement à ce que je pensais, le débat n’est pas tranché. Au final que ce soit une explication ou l’autre ou les deux, je ne suis pas sûr que ça ne change chose car dans les deux cas nous sommes engagé dans un cercle vicieux qui aboutit à un effondrement soit partiel, soit total de l’économie occidentale.

C’est probablement le temps qui tranchera, et notamment la fin de la bulle des schistes. On y verra plus clair à ce moment la. Le fait que le prix du pétrole ai été multiplié par 4 depuis 10 ans est aussi un indice fort en faveur du pic pétrolier, de même que les besoins en CAPEX (investissements) énormes de l’industrie pétrolière pour les années à venir. Mais ce ne sont que des indices, pas des preuves.

Cette vision plus nuancée / contradictoire permet aussi paradoxalement une meilleure anticipation. Elle permet de comprendre pourquoi 6 ans après Leman Brother l’économie est toujours debout, ce qui à surpris les picquites de la première heure.

Le plus important peut-être, c’est que « je ne sais pas vraiment« . Et on doit tous vivre avec ça tous les jours et faire des choix quand même. Non seulement on ne sait pas, mais en plus on ne sait pas si on ne sait pas. Pensez à l’énergie qu’on dépense tous à essayer de se convaincre d’une chose ou d’une autre !

Et puis il y a un avantage à prédire une chose et son contraire : comme ça on peut toujours avoir raison et dire « je vous l’avais bien dit » !!! lol

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