Blog de Yoananda

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Arabie Saoudite : la bombe à retardement ?


Brusquement au moins d’Août, l’Arabie Saoudite à déclaré que son poulain, ISIS était l’ennemi n°1. Pourquoi un tel retournement ?

Voici un petit topo rapide centré sur ce pays, bien qu’en réalité, c’est toute la région qu’il faudrait détailler (notamment le bourbier Irakien). J’ai lu récemment plusieurs articles anglais inquiétants, mais rien en Français.

Note de lecture : j’essaye de faire un résumé le plus fidèle possible d’un sujet complexe, épineux, et géo-stratégique, mais le mieux c’est que vous lisiez les articles en anglais si le sujet vous intéresse. Dans mon empressement, j’ai pu faire quelques approximations, mais j’espère, pas de contresens.

L’Arabie Saoudite, les huiles pétrolières US (shale oil), ainsi que les finances des majors sont les 3 maillons faibles du pétrole mondial qui pourraient précipiter la venue du pic. D’ailleurs, récemment le trader Andrew John Hall, connu en tant que « Dieu du pétrole » dans le milieu à tout misé sur la hausse des prix. Pour l’anecdote (lol) :

Andrew John Hall — known as the God of Crude Oil Trading to some of his peers — has built his success on a simple creed: Everyone who disagrees with him is wrong.

Vous l’avez compris, pour l’instant le prix du pétrole est en recul à cause du « boom » des huiles pétrolières aux USA et de la récession en Europe … malgré le graves tensions au moyen orient. Ce qui en surprends plus d’un (dont moi). Pourtant il se pourrait bien que ce ne soit que l’œil du cyclone.

Cette histoire ne sera peut-être qu’un pétard mouillé … parce qu’on dirait bien qu’ISIS à tout le monde contre lui, mais …

Pour résumer :

  • beaucoup de pétrole pas cher dans le coin, mais pétrole qui s’épuise aussi
  • un paix sociale totalement artificielle achetée par la rente pétrolière
  • IS qui vise le pétrole est les lieux saints et qui a les moyens de mettre sa menace à exécution

KING ABDULLAD

L’Arabie Saoudite a été longtemps le premier producteur mondiale de pétrole, fais partie du trio de tête (avec la Russie et nouvellement les USA), mais, contrairement aux autres, dispose encore de pétrole conventionnel (pas cher) en très grande quantité. La région contient des champs géants qui représentent 40% des réserves exploitables mondiales. C’est dire.

According to the BP Statistical Review of World Energy 40% of the world’s remaining conventional oil reservs exists within the GCC (Gulf Cooperation Council).

Around one percent of oilfields globally are giant, but these have around 65 percent of global URR, Ultimately Recoverable Resources.
• Production from giant oilfields is around 40 million barrels per day and decline rates for land-based fields are around 4 percent per year while offshore fields decline by 9 percent per year.
• Giant oilfields are mature and they will all soon be in their decline phase. With an average decline rate of 5 percent per year the world will, within 10 years, lose production from giant oilfields of the order of 20 million barrels per day.

Le roi à 90 ans. En coulisse il y a des grosses tensions pour sa succession. De plus, le statut très spécial de ce pays fait qu’on ne peut savoir si le fragile équilibre de la région pourra être maintenu par le prochain dirigeant.

Entre parenthèse, j’ai voulu vérifier la démographie (au cas ou). C’est assez correct :

Mais pas pour les voisins :

Beaucoup trop de testostérone dans les parages …

C’est un pays ou, pour résumer, la famille Saoud et ses princes vivent … comme des princes grâce au protectorat américain (bien content d’avoir sécurisé son approvisionnement dans la région). Mais si jamais les US avec leur huiles de pétrole et avec le canada décident qu’ils n’ont plus besoin de ce pétrole (ce dont je doute fort mais sait-on jamais) …

Toujours est-il que si l’Arabie Saoudite est touché, c’est le monde entier qui sera impacté. Un simple rapprochement avec les BRICS aurait un impact énorme pour nous d’ailleurs (le fait d’abandonner le dollar comme monnaie de paiement).

La population autochtone et pour ainsi dire arrosée de la rente pétrolière, et vis gratis, le travail étant fait par des « quasi-esclaves » étrangers payés eux aussi par l’argent du pétrole. La population s’accroît rapidement, et consomme de plus en plus de pétrole (notamment l’été pour se rafraîchir), et viendra un moment ou les exportations, et donc la rente, ne pourront plus suivre (l’Égypte s’est écroulée à ce moment la). En fait, c’est déjà probablement le cas en volume de pétrole, mais c’est compensé par la hausse des prix (donc la rente est pour l’instant intacte).

Saudi Arabia Peak Oil Production Decline Exports

L’Arabie Saoudite, ainsi que le Qatar s’essayent à la géopolitique avec des succès divers. Le Qatar s’est planté par exemple pendant les révolutions arabes en investissant dans des équipes (frères musulmans si je ne m’abuse, mais pas certain) qui étaient censées prendre le pouvoir. Du coup, cette hardiesse est mal passé auprès de ses voisins et à créé quelques tensions régionales (dont on entends peu parler ici). Mais l’Arabie Saoudite semble aussi connaître des déboires … avec IS (ISIS / ISIL) notamment. Depuis ce mois d’août, elle a changé son fusil d’épaule et ne les finance plus, car elle s’est rendue compte qu’elle pouvait être menacée.

Le coup de massue a été donné par l’Arabie saoudite en guerre contre l’Etat islamique, perçu désormais en « ennemi numéro un de l’Islam » par le grand mufti, Abdelaziz El Cheikh, sonnant l’hallali.Dans un communiqué paru le 19 août, il a prononcé un violent réquisitoire qui s’apparente à une rupture radicale avec le mouvement extrémiste accusé de propager des « idées d’extrémisme, de radicalisme et de terrorisme » qui « n’ont rien à voir avec l’Islam ».

Et c’est la ou ça devient intéressant. IS a été financé par les Saoud, armé par les américains (principalement) pour faire tomber Assad, puis s’est émancipé de ses maîtres depuis qu’ils contrôlent quelques champs pétroliers et qu’ils passent pour la Turquie pour l’écouler. Mais IS promeut un discours plus wahabite (une branche extrême, rigoriste, et traditionaliste de l’Islam) que l’Arabie Saoudite elle même et semble avoir un pouvoir d’attraction important chez les jeunes musulmans. Il devient de plus en plus clair que l’objectif du Califat est de s’approprier non seulement les champs pétrolier géants des Saoud, mais aussi les 2 premiers lieux saint de l’Islam : la Mecque et Médine. Cela permettrait d’asseoir le nouveau Califat, de le légitimer. La grosse surprise dans cette histoire, c’est qu’ils ne comptent pas forcément s’en emparer par une guerre de l’extérieur, mais par l’intérieur (ou les 2), car au fil de son histoire, la richesse aidant, l’Arabie Saoudite s’est modernisée et s’est éloignée du wahabisme originel, créant de nombreux mécontents/déçus parmi sa population !

On pourrait croire que ça ne va pas être bien difficile d’écraser IS, mais c’est un peu plus compliqué qu’il n’y paraît en réalité. Comme au Mali pour la France, envoyer une poignée de soldats semble suffire, mais ça ne fait que déplacer le problème ailleurs. C’est bien plus compliqué à cause de multiples ingérences extérieures, à cause des armes qui passent d’un main à l’autre, à cause des horreurs qui s’accumulent des populations qui se barbarisent pour longtemps.

C’est la qu’est tout le danger, car la politique US a aussi créé tout un terrain propice à la propagande extrémiste. Si nous, nous sommes traumatisé par la décapitation de Foley, les arabes eux ont toute une libraire vidéo d’horreurs et d’exactions commises par « le camp du bien » dans la région, notamment en Irak :

We, however, ignore the virtual library of videos and other imagery the U.S. generated, images widely viewed (or heard about and discussed) with no less horror in the Muslim world than ISIS’s imagery is in ours.  As a start, there were the infamous “screen saver” images straight out of the Marquis de Sade from Abu Ghraib prison.  There, Americans tortured and abused Iraqi prisoners, while creating their own iconic version of crucifixion imagery.  Then there were the videos that no one (other than insiders) saw, but that everyone heard about.  These, the CIA took of the repeated torture and abuse of al-Qaeda suspects in its “black sites.”  In 2005, they were destroyed by an official of that agency, lest they be screened in an American court someday.  There was also the Apache helicopter video released by WikiLeaks in which American pilots gunned down Iraqi civilians on the streets of Baghdad (including two Reuters correspondents), while on the sound track the crew are heard wisecracking.  There was the video of U.S. troops urinating on the bodies of dead Taliban fighters in Afghanistan.  There were the trophy photos of body parts brought home by U.S. soldiers.  There were the snuff films of the victims of Washington’s drone assassination campaigns in the tribal backlands of the planet (or “bug splat,” as the drone pilots came to call the dead from those attacks) and similar footage from helicopter gunships.  There was the bin Laden snuff film video from the raid on Abbottabad, Pakistan, of which President Obama reportedly watched a live feed.  And that’s only to begin to account for some of the imagery produced by the U.S. since September 2001 from its various adventures in the Greater Middle East.

Pour l’instant la réaction occidentale semble assez timorée. Le prix Nobel de la paix (usurpée) ne veut probablement pas avoir trop de sang sur les mains et semble réticent. Mais même si on écrasait le Califat rien ne serait gagné, car le reflux des guerriers contaminerais plusieurs pays de provenance, dont la France, et on aurait des problèmes sur notre sol, du moins le temps qu’ils se trouvent une autre occasion d’aller se regrouper ailleurs …

Le château de cartes tient encore à peu près debout grâce au « gaz et pétrole de schiste », grâce à l’action coordonnée des banques centrales (donc en gros de la BRI). Mais pour combien de temps encore ? avec une France maillon faible de l’Europe qui plonge dans l’austérité avec un gouvernement et un peuple de gauche ignare en économie ?

Sources :

Après l’éffondrement pétrolier : un monde low-tech ?


Selon moi on ne peut pas exclure un effondrement global et brutal de la société dans les années à venir (si ce n’est pas en jours qu’on compte !). Mais on ne peut pas exclure non plus un effondrement progressif, ni même un effondrement temporaire. Dans tous les cas ce sera un monde sans pétrole à l’horizon 2050 ans, c’est à dire dans 35 ans, pour la génération suivante. Même si on trouve une solution, il va y avoir des changements. Ce que je veux dire, c’est qui son s’accroche au pétrole et tout le mode de vie qui en découle, on va souffrir. Alors je vous proposes d’essayer de se projeter dans cet « autre monde » qu’il va falloir construire …

Je vous proposes donc de jouer à « Civilization », mais en mode « Collapse ».

Je ne fais qu’exprimer un avis, c’est un sujet tellement complexe qu’on ne peut être sûr de rien. Ce sont quelques pistes de réflexion.

D’ici moins de 5 ans à l’échelle mondiale, si la guerre n’éclate pas avant, la production de pétrole devrait se mettre à diminuer. Même si par miracle le pétrole ne connaît pas de déclin, il sera beaucoup plus cher au fil du temps. Tout le monde (y compris ceux qui sont contre le pic pétrolier) est d’accord pour dire que le pétrole pas cher, c’est fini. Officiellement en Europe, nous consommons déjà moins de pétrole, mais cette consommation est en partie externalisée. Toujours est-il que nous sommes déjà en train de « muter » d’une économie basée sur le pétrole à autre chose. L’Europe du nord à déjà bien entamé sa transition, la Chine le fait aussi à marche forcée. Les USA s’accrochent au pétrole avec leurs huiles de schiste et la fracturation hydraulique et à foi dans les « marchés ». Des armées de chercheurs de part le monde essaye de résoudre cette question épineuse, mais pour l’instant, sans succès.

Parmi les pistes technologiques actuelles, on a tout ce qui est « nano » et « bio tech » pour produire et stocker de l’électricité. Je pense par exemple au solaire organique, au graphène, aux méta-matériaux, etc… Le nucléaire mourant tente de se renouveler à travers les réacteurs à neutron rapides (en France, un prototype est prévu d’ici 2020.), et la filière Thorium (Chine + Inde), sans garantie de succès. C’est une course contre la montre alors que l’austérité frappe à la porte et que les programmes de recherche dispendieux vont finir par être sabordés.

Nous sommes en 2014, en France. Un pays qui veut se préparer à la transition énergétique et à la raréfaction du pétrole doit prévoir une 30aine d’années. Nous avons donc plus ou moins entre 30 et 40 ans de retard (pic « pétrole pas cher » en 2005, et pic « pétrole » avant 2020). L’Autriche par exemple à démarré dans les années 70, et a priori elle sera bien mieux armée que nous. Les Allemands sont déjà à 17% (de mémoire) de maisons autonomes. Vous pouvez penser que Hollande et Ségolène vont résoudre le problème, ou bien, vous pouvez penser qu’il est temps de se prendre en charge soi même même s’il existe un mouvement de « villes en transitions » qui font des efforts dans ce sens.

Se poser la question de l’énergie à 3 avantages :

  • réduire la facture si la crise ne dégénère pas trop
  • améliorer sa résilience si la crise s’amplifie (brutalement ou pas)
  • préparer le monde d’après en cas d’effondrement

Sans parler du fait que tout ce qu’on fait par nous même réduira la difficulté de la transition globale et la souffrance qui en découle… on n’est pas toujours obligé d’attendre que d’autres le fassent pour nous.

Imaginons un monde sans pétrole, mais pas sans technologie. A quoi pourrait-il ressembler ?

Le moteur à explosion (essence ou diesel), c’est fini. On pourrait revenir à la vapeur pour les trains, mais c’est peu probable car sans pétrole, on retourne à l’étape d’avant : le charbon et le pic charbon a déjà été franchi en 1913. Donc on retourne à l’étape d’encore avant : le moyen age. Mais avec toute l’infrastructure actuelle à recycler, qui servira donc encore un moment en principe.

La voiture individuelle c’est fini (c’est déjà un peu le cas si vous regardez en ville avec l’essor du covoiturage, de l’autopartage, et des voitures en location), ainsi que les supermarchés, les voyages en avion, et donc le tourisme risque de beaucoup souffrir (nous sommes toujours le premier pays touristique du monde malgré le fait que Paris aie maintenant la réputation d’une ville peu sûre). L’agriculture intensive ne devrait pas y survivre, de même que les élevages intensifs, et c’est autant une bonne qu’une mauvaise nouvelle (plus de qualité, moins de quantité).

Ce pourrait être un moyen-age grandement amélioré : nous savons qu’il faut traiter l’eau et nos déchets ménager pour éviter les maladies et les épidémies. Nous avons un bon paquet de technologies qu’on peut préserver même dans des conditions dégradées. Et c’est le sujet de cet article. Je laisse de coté la question militaire, et la question des transports pour l’instant (même si elles sont déterminantes).

Si l’industrie s’effondre, il restera l’artisanat quoi qu’il arrive.

Au niveau local, les seules techno envisageables sans système (industriel) de production, acheminement, installation, maintenance complexe sont : les moulins (mécanique), les éoliennes domestiques, le petit hydro-électrique, et le solaire thermique, et le solaire à concentration (avec stirling ou turbine vapeur).

Le photovoltaïque demande de la haute technologie, donc des usines, des matériaux rare (difficilement extractible), des procédés compliqués. C’est pareil pour les batteries modernes d’ailleurs. Pour l’instant seules les batteries plombs/acide et les steps sont envisageables en mode artisanal ou en mode recyclage. Imaginez que l’un de vos panneaux vous lâche ou que le froid à grillé votre batterie ? Si le remplacement ne peut plus être livré de Chine, vous faîtes comment ? Bien sûr, c’est un cas extrême. Je pense que le photovoltaïque est un bon compromis face au monde incertain de demain, il nous donne 20 ou 30 ans de mou, histoire de ne pas repartir à zéro.

Il faudra faire avec l’intermittence. Et je trouve que de se re-relier à la nature n’est pas du tout une mauvaise chose, au contraire. On va vivre moins speed en étant forcé de ne rien faire de temps à autre.

Dans tous les cas, si technologie il y a, elle sera électrique. On ne va pas retourner au gazogène. Que les savants invente autre chose ou pas, que l’industrie lourde résiste ou pas. Le peu de pétrole qui restera sera réservé aux tracteurs, aux chars, et aux yacht je pense.

Mieux, ça pourrait être carrément sympa. Mais la, je rêve un peu parce que ça suppose qu’on réussisse à préserver de la haute-technologie au milieu du chaos. C’est possible, mais ça va être compliqué, ce sera surtout une question de choix.

Aujourd’hui on a une technologie encore balbutiante mais qui pourrait très bien se répandre d’ici quelque temps (elle fait le buzz en ce moment et pourrait décoller d’ici peu). Avec les imprimantes 3D on pourrait fabriquer, entretenir et inventer nous même nos propres systèmes de production d’énergie. Exemple : 3D printed wind turbine.

A working proof of concept

On pourrait aussi (ça commence à se faire tout doucement) changer les pièces de nos vélos, de nos trottinettes électrique (et oui on pourrait même imprimer nos batteries avec dans l’absolu).

Les hackers se sont lancés un défi : parvenir à imprimer une imprimante 3D. Si on a arrive à boucler la boucle (bootstrapper) on s’émancipe de l’infrastructure actuelle, et dans ce cas, peu importe qu’il s’effondre ou non. La version extrême étant le « civilisation starter kit ».

Avec la domotique, on peut gérer de notre maison au plus près, commander les systèmes en fonction de la météo, et réduire (de l’ordre de 30% sans faire d’effort) notre consommation. Il y a beaucoup de choses qu’on peut améliorer mais je pense qu’il faudra aussi faire des arbitrage au niveau du confort. Ces systèmes de pilotage ont en plus l’avantage de presque rien consommer.

 

Quels risques de coupure électrique ?


J’ai accumulé pas mal de notes sur la question électrique. Je commence à mettre ça en forme, même si ce n’est peut-être pas la meilleure manière de l’aborder, je dépile un peu …

Pour l’instant, malgré la crise, il n’y a pas eu de grosses « rupture de la normalité » en France (ce n’est pas le cas dans d’autres pays). Il y a des gens dont c’est le métier de prévoir les risques et ils font des beaux rapports mais le problème c’est qu’ils raisonnent dans un cadre restreint du « business as usual », il faut donc creuser un peu pour savoir vraiment ce qu’on risque.

Dans les années à venir, a cause des perturbations climatiques (qu’elles soient du à l’homme ou pas n’est pas la question), a cause des tensions géo-économiques, et à cause du vieillissement des infrastructures et de la compétition pour les ressources, cela pourrait être différent.

Les fossiles étant condamnés à moyen/court terme, voyons un peu comment ça se passe pour l’électricité actuellement.

Aux USA

Histoire de planter le décors regardons du coté du phare de la civilisation (lol) comment ça se passe :

On voit clairement un augmentation exponentielle des pannes électriques. Pour l’instant, ça passe relativement inaperçus parce qu’au final, ça n’empêche personne de vivre … par contre, pour les industriel, c’est un coût supplémentaire à intégrer.

Cependant, n’oublions pas qu’en 2003, 50 millions de personnes se sont retrouvées sans électricité pendant 2 jours aux USA/Canada en raison d’une défaillance en cascade.

Blackout picture - full moon over darkened New York City skyline during massive East Coast blackout in 1965

Il semble bien que ce soit lié aux intempéries :

outages

Ceci dit, je pense que la vétusté des installations y est pour quelque chose aussi.

Bon ce n’est pas la fin du monde me direz vous. Ceci dit, moi quand je vois une courbe exponentielle, j’ai tendance à me méfier. Ou en est-on en France ?

En France

En guise d’apéritif je vous invites à lire ce témoignage d’un agent de maintenance de l’EDF. Il n’y a pas que l’infrastructure qui vieillit, les agents aussi !

Mon métier c’est de rétablir l’électricité 24h sur 24h toute l’année dans n’importe quelles conditions et par n’importe quel temps. […]
Aujourd’hui beaucoup de mes collègues sont fous de rage.
Par ou commencer ?
 
Je suis en colère.
 
Jamais ce pays n’a été autant dépendant de l’électricité, et jamais, nous, les monteurs, n’avons été aussi peu nombreux, et avec des moyens aussi dérisoire.
[…]
Le réseau, en particulier dans les centres villes, est obsolète et sous dimensionner.
On en est au point ou les câbles fondent tant l’intensité qui y transite est importante.
Le problème c’est que cette entreprise, comme beaucoup, subit des dépars massif à la retraite de la génération des baby boomers, et puis elle est touchée par la maladie de l’encadrement.
 
En clair il y plus d’officiers que de soldat.
 
Pour ne rien arranger, nous sommes paralysés par les taches administratives, qui paradoxalement se sont accrus depuis l’arrivée de l’informatique.
En même temps, on nous demande de faire de plus en plus de travail sans nous en donner les moyens.
 […]
En résumé, edf compte sur les opérateurs de téléphonie mobile pour piloter son réseau et les opérateurs de téléphonie mobile comptent sur edf pour alimenter leurs antennes.
[…]
Nos centrales nucléaires on toutes été construitent en même temps…il y’a 30 ans.
 
Elles ont été conçus pour durer 30 ans.
[…]
Ce qu’il faut retenir de tout cela, c’est qu’aujourd’hui tous les réseaux, quelque soit leur nature, sont interdépendants et qu’ils le seront de plus en plus.
 
Personne ne peut prédire les conséquences de l’effondrement d’un système de support sur les autres systèmes de support.
Bon, c’est un gars en colère, mais au final le job est fait semble-t-il. Dans toutes les boites, quand on regarde sous le capôt on est effaré et on se demande comment ça peut tenir debout. Il ne faut donc pas prendre ça au pieds de la lettre, ceci dit, il faut en tenir compte quand même.
Ou en est-on concrètement ?
Pour l’instant chez nous, ça ne se passe pas si mal, mais on voit bien l’effet que peut avoir une tempête (2009 avait été sympa !) :
temps moyen de coupure annuel
La tendance est à l’augmentation légère, mais pas de quoi être trop alarmiste pourtant. Le rebond de 31% en 2013 serait du aux intempéries, malgré la modernisation engagée par ERDF.
Selon la Fédération Française des Sociétés d’Assurance, le coût des intempéries a représenté 1,1 milliard d’euros en 2013, « soit l’équivalent d’une catastrophe naturelle majeure. »
[…]En 2012, le nombre de ces épisodes (tempêtes, vagues de froid) avait déjà quadruplé, avec huit évènements majeurs recensés. En 2013, il y en a eu neuf, mais quatre de très grande ampleur, a souligné Gilles Galléan, le directeur technique du groupe.
Pourtant en 2016 les choses vont se compliquer. D’une part, nous allons réduire notre capacité de production, d’autre part, nous allons ouvrir de nouvelles lignes haute tension vers les pays frontaliers :
Près de 7.700 mégawatts de centrales à charbon et au fioul, soit l’équivalent de près de cinq gros réacteurs nucléaires, doivent ainsi fermer d’ici la fin 2015, la moitié de ces fermetures étant déjà actée.
[…]la réduction du matelas de sécurité français « ne permettrait pas d’assurer la sécurité d’approvisionnement en cas de vague de froid intense »
Semble-t-il nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne :
La Carte de France des coupures d'électricité
Je ne sais pas trop si ça peut servir à quelque mais il y a un traquer de coupure en ligne ici.

Étude (rapide) du cas Grec

Si on prends la Grèce comme modèle de ce qui nous attends, on voit que la consommation électrique globale du pays diminue depuis 2008 (plusieurs sources corroborent).

 greece electric power consumption kwh wb data

Mais beaucoup moins que la consommation de pétrole. Et chose étonnante, il semble que les renouvelables progressent !!!

Quel avenir ?

Heureusement (pour l’infrastructure du moins) à cause de la crise, la consommation d’électricité diminue en Europe de l’ouest. Il semble que le pic de consommation d’électricité soit en 2011 pour la France, 3 ans de retard par rapport à la Grèce (et il semble qu’on maintienne ce retard aussi dans l’austérité qui va faire parler d’elle dans quelques jours d’ailleurs).

Les livraisons d’électricité en Europe de l’ouest ont déjà atteint leur pic ! Deux explications (pas forcément exclusives) : c’est la crise, l’austérité qui fait diminuer la consommation. Autre possibilité : 17% des Allemands sont autonomes en énergie, ils ne « livrent » plus d’électricité mais la consomme sur place sans participer au marché. La tendance doit être sensiblement la même dans les pays du nord et pourrait expliquer cette décrue.

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Pour l’instant donc ça ne se passe pas si mal, mais le risque existe, et je ne suis pas certain qu’on puisse considérer l’appauvrissement des populations comme un bon signe. Bien sûr, quand on a une coupure d’électricité, c’est toujours au pire moment : soit il fait très froid, soit on a les pieds dans l’eau …

Cet article de Patrick Reymond montre bien comment la maintenance devient de plus en plus compliquée, quelque soit le domaine (la on parle des voies ferroviaires mais ce n’est pas si différent des voies électriques) :

Mais tout cela permet de vérifier « la loi d’airain », des infrastructures : une fois en place, elles sont tout bonnement, il est peu ou pas possible des les entretenir, parce qu’ils n’y a pas d’alternative réaliste, sinon, à quelques centaines de millions d’euros, qui, une fois réalisée, provoquerait quelques années plus tard, une congestion.

Et encore, là, la configuration est celle d’un département d’un peu plus de 200 000 habitants, donc, où les travaux, finalement, sont encore possibles.

Après, on imagine que si les 200 000 étaient 300 000 ou 600 000 les problèmes prendraient une autre taille, ingérable.

Rajoutons à cela que le monde à déjà passé le pic nucléaire, la soit-disante filière d’avenir :

nuclearproduction.jpg

Mais surtout regardez ceci :

partnuke.jpg

Et ceci :

partnukeelectr.jpg

Je crois que ça se passe de commentaire. Je rappelle que le nucléaire est vieux, qu’on ne sait pas traiter les déchets, qu’on ne sait pas démanteler (techniquement on « sait » faire, mais à un coût raisonnable, non). Et avec la crise, je crains qu’on ai du mal à avoir les moyens financiers de gérer notre bousin nucléaire. Que penser des investissement massifs que le pays fait dans cette filière ? Des milliards dépensés pour ITER ? Ça sent un peu de « baroud d’honneur » de la part du nucléaire quand même. Si d’ici 2020 la filière des « neutrons rapide » ne donne pas de résultat … ça risque d’être tendu. C’est un peu quitte ou double la. A vous de voir si vous pariez dessus ou pas.

Conclusion

L’électricité est amenée à prendre de plus en plus d’importance dans nos vies, si (ou plutôt puisque) les fossiles sont en déclin. S’il n’y avait pas la crise des ressources, ça ne se passerait pas si mal en fait.

Mais on a 4 risques qui augmentent en même temps pour l’ensemble du réseau électrique français :

  • complexification, interdépendance accrue, risque d’effet domino
  • vieillissement de l’infrastructure et des agents de maintenance
  • risque économique (manque de moyens, manque de provision pour les risques, appauvrissement)
  • risque géo-politique (cf l’Ukraine, même en cas de problème sur le gaz, on pourrait en avoir des répercussions ici par une demande en surplus)

Sur le court terme on risque des coupures locales, plus longues, plus souvent. A priori pas de risque de coupure majeure en vue pour l’instant, mais si vous vous chauffez à l’électrique en hivers, méfiance quand même. Sur le long terme, un prix de l’électricité va augmenter, et donc, il y aura des arbitrages à faire chez soi pour réduire la facture. Vous pouvez commencer à vous y préparer à mon avis si vous ne voulez pas être pris par surprise un jour.

Vous pouvez toujours compter sur le big business et l’état pour vous venir au secours, mais vous pouvez aussi commencer à vous prendre en charge (pas besoin d’être millionnaire pour ça).

Pour conclure un article sur la maison solaire autonome : est-ce encore une question de rentabilité ?

Basculer vers l’autonomie énergétique est une démarche qui appelle de nombreuses questions. Ou affirmations. L’une des plus fréquentes est celle de la « rentabilité ». « Si je passe au tout solaire, sans EDF, il me faudra 8 ans pour que ce soit rentable » est une phrase fréquemment entendue ou lue. Certains vont parler de 10 ans, 12 ans avant « rentabilité ». Le calcul effectué est assez simple : additionner sa note EDF sur un an, celle de l’installation solaire, et diviser cette dernière par le montant EDF. Le nombre qui en ressort  est censé correspondre aux années passées à payer EDF jusqu’à atteindre le montant de l’installation solaire. Lorsque l’échéance est atteinte, c’est un seuil où l’on commence à « gagner » de l’argent, ou tout du moins, en économiser. L’électricité deviendrait alors « gratuite ». Pourtant, la démarche de l’autonomie énergétique ne fonctionne pas de cette manière. Particulièrement aujourd’hui.

[…]

Croire que l’autonomie électrique d’un habitat est seulement pour son propriétaire une manière d’éviter de payer des factures EDF procède d’une vision très étroite du sujet. Tout comme laisser croire qu’on participe à « sauver la planète » en produisant soi-même son électricité solaire. L’autonomie énergétique est avant toute chose une démarche intellectuelle, politique, philosophique, en lien avec la liberté, et de façon plus générale, les libertés. Comme le logiciel libre empêche qu’une « œuvre codée », collective ou non, ne devienne la propriété d’un petit nombre qui obligerait le reste à « passer par lui » pour en bénéficier, l’autonomie électrique redonne le pouvoir à celui qui la crée.

guerre-energie

Ce pouvoir va au delà du simple fait de ne devoir rien à personne pour allumer des lumières et faire fonctionner des appareils électriques. Il va au delà de ne pas polluer lorsqu’on consomme de l’électricité. Ce pouvoir est celui de ne pas être soumis. Asservi. Pas simplement à une entreprise, mais à un ensemble : un système et des valeurs. La maîtrise technique est un moyen de changer d’état d’esprit, d’appréhender le rapport à la société, à l’Etat, d’une autre manière. Dans un système où l’infantilisation des citoyens est de plus en plus poussée à grands coups de normes,  de réglementations censées protéger chacun de soi-même et des autres, produire son électricité est une voie excessivement libératrice. Qui redonne du sens, et replace l’individu comme adulte.

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