Le pétrole va manquer ? qu’a cela ne tienne, nos industriels vont nous trouver des solutions, non ? Ils en ont plein dans les cartons, d’ailleurs, c’est à cause du lobby pétrolier que la voiture électrique n’a pas percée … c’est ce qu’on entends ici ou la sur les blogs ou ailleurs chez les scientistes, les continuistes, et autres économistes qui s’en tiennent a certains chiffres sans rien connaître des difficultés de la science et de la technique. Non, la voiture électrique n’est pas rentable, et ne le sera pas. Sauf percée technologique sur les batteries ou les panneaux solaires, mais ce n’est pas à l’ordre du jour.
J’essaye souvent d’expliquer qu’entre la découverte en laboratoire et le procédé domestique dans nos maisons, il y a un gouffre, qui souvent n’est pas rempli. Nous avons exploité un "filon" depuis la première révolution industrielle, celui de l’énergie "carbone" (que ce soit sous forme de pétrole, gaz ou charbon). Ce filon arrive à sa fin. Qu’est-ce que nous avons d’autre en stock au niveau scientifique ?
Pas grand chose en réalité. Ou en fait trop de choses … Nous cherchons une aiguille dans une meule de foin. Quel sera le prochain procédé énergétique miracle ? il est peut-être caché la quelque part parmi les millions de sujets que les scientifiques explorent, il y en a peut-être un ou 2 qui vont déboucher sur quelque chose dans … 10, 20 ou 50 ans ? pas facile de savoir. Pourtant les tentatives (et par conséquent les échecs) ne manquent pas.
Des solutions existent, c’est sûr. Mais des solutions au manque de pétrole ? des solutions rapide à mettre en place pour tout le monde ? ca c’est beaucoup moins sûr. Changer la structure énergétique d’un pays, ca ne se fait pas juste parce qu’on le décide. Il faut compter entre 30 et 50 ans. On ne pas passer des pompes à essence à des prises électriques juste par un coup de crayon. Il faut mettre en place toute une industrie de masse, des usines, des savoir faire, des réparateurs, des ingénieurs, des vendeurs, il faut former des gens, créer des écoles, des filières, etc…
La déplétion pétrolière constatée est de l’ordre de 6% par an, et sera suivi de peu par le charbon et le gaz (car pour les exploiter on utilise du pétrole). L’intensité énergétique s’améliore de l’ordre de 1% par an (au mieux) au niveau mondial. Ça signifie que chaque année on est capable de faire la même chose que l’année précédente avec 1% d’énergie en moins. Mais on a déjà mangé notre pain blanc, et les progrès suivant seront plus difficile. La croissance de la population et de 1.14% par an, ce qui compense nos gains. Donc, pour l’instant, on compense le déclin du pétrole "facile d’accès" par du pétrole "difficile d’accès". Mais cela ne durera tout au plus qu’une dizaine d’années maximum avant d’atteindre le pic définitif. Et à ce moment la, il faudra "être prêt"… car les choses iront très vite, contrairement à ce qu’on pourrait croire, la fin du pétrole ne sera pas une pente douce.
Quelles sont les solutions pour continuer à "progresser" ? (et pour ne pas revenir à l’age de pierre)
Il y a tout un tas de procédés carbonés intéressants, mais qui ne permettent qu’un gain à la marge. Je fais un rapide survol, je ne rentre pas dans les chiffres. C’est juste pour montrer les axes de recherches … qui ne marchent pas. Attention, il faut faire la part des choses entre les solutions "simplistes" (et irréalistes) que nous vendent les politiciens, et parfois certains industriels en recherche de crédit, et le "la réalité économique" et industrielle. Ce n’est pas toujours facile de faire la part des choses, surtout a l’heure actuelle avec la sur-information. Il faut un minimum de bagage scientifique pour s’y retrouver. Du genre les kWh, les TEP, et quelques notions de rendement énergétique…
Après nous essayeront de voir ce qui pourrait marcher, et surtout, à quelle échéance. J’ai cherché déjà pour moi même des solutions "viables". Je n’explique pas tous ce que j’ai testé en détail, je fais juste un résumé :
La gazéification ? utilisé pendant la guerre, abandonné ensuite. Moteur stirling ? abandonné pas assez rentable.
Le solaire, éolien, sont soutenus par le pétrole, l’hydrolique déjà exploité. Le géothermique ? pour l’instant très marginal et le restera (pas dispo partout, compliqué).
Le renouvelable ? bois ? non. Algue bleues ? non. Biofuel ? non.
Nucléaire ? trop dangereux. Thorium ? premier prototype prévus dans 30 ans en Chine/Inde. Iter (fusion) ? pour la fin du siècle.
Ce qui est confirmé par divers chercheurs : compenser le déclin rapide du pétrole avec ce qu’on sait déjà faire, ce sera insuffisant :
Avec deux fois plus de centrales nucléaires, tous les toits de France couverts de panneaux photovoltaïques et thermiques, des centaines de milliers d’éoliennes, l’exploitation des forêts il n’y a plus que 30% de l’énergie à trouver.
Notez que même en poussant tout ce qu’on peut au maximum, il manque quand même 30% de l’énergie a l’appel. Et en plus, cette conversion il faudrait la faire très vite, en 10 ou 30 ans, pendant qu’il reste encore un peu de pétrole pour le faire.
Sur "TED", une plate-forme pour faire tourner les meilleures idées de la planète, j’ai regardé bon nombre de vidéos. Je vous garantie que les scientifiques sont tous très très inquiets. Ils parlent tous d’urgence, de changement radical et vital. Beaucoup viennent vendre leurs idées avec enthousiasme, cependant, les difficultés sont nombreuses. Les élites (scientifiques, pas politiques) sont conscientes du problème, et ils se creusent la tête, pour de vraie, pour éviter la catastrophe.
Qu’est-ce qu’on a sous le coude ?
Hydrogène ? trop compliqué (pression, étanchéité). Ce n’est de toute manière qu’une pile améliorée.
Batteries nouvelle génération ? trop coûteux pour l’instant sauf percée (batteries metal/air par exemple). Mais a base de métaux rares et très cher. Ça restera niche pendant un long moment.
Exploitation minière de la lune ? trop risqué, mais théoriquement possible, d’ici quelques décennies.
Reste pour l’instant : les OGM pour nourrir plus de monde avec moins d’engrais, pesticides, machines. Le terraforming pour contrer le réchauffement (déployer des nanoparticules dans l’air) mais très risqué. Trop.
Les nano énergies ? il y a du potentiel. Les batteries qu’on cultive, peut-être. Les films transparents solaire, peut-être.
A quoi allons nous être confrontés ? Il faut bien comprendre, sans rentrer dans les détails, qu’entre une découverte en laboratoire et un procédé industriel rentable économiquement il y a tout un chemin de croix qui n’aboutit pas toujours. On a l’impression que c’est souvent le cas, parce que simplement, tout est basé sur la facilité que nous procure le pétrole et qui nous permet des milliers d’applications. Mais la, on remet en cause ce fondement …
Dans tous les cas, même s’il y a quelques avancées de ci de la, il reste, et même Attali le souligne, que nous n’avons pas de solution pour la voiture, et le transport en général.
Je laisse la parole au directeur de la R&D d’EDF (a priori le gugus assez sérieux et pas la pour faire peur au gens) :
VI. — CONCLUSION: UNE PRISE DE CONSCIENCE DIFFICILE, MAIS NÉCESSAIRE ET URGENTE
Pour nous, la ressource la plus rare du monde énergétique, c’est le temps dont nous disposons pour assurer les nécessaires transitions vers une meilleure efficacité énergétique, et vers un nouveau système énergétique où seront développés les usages finals de l’électricité, y compris dans les transports, via les ENR et le nucléaire.
Nous avons vu que ces transitions coûteuses ne seront toutefois mises en place que dans le cadre de plans d’urgence qui supposent des efforts conséquents (2 % du PIB environ). Une réelle sobriété énergétique sera nécessaire dans les pays les plus consommateurs pour arriver à boucler le bilan. Ces plans d’urgence ne porteront leurs premiers effets visibles qu’au bout de 15 ans, et il faudra 30 à 50 ans pour les développer pleinement et reconfigurer l’ensemble du monde énergétique. Si les décisions sont prises rapidement, nous avons une chance de réussir à structurer une réelle coopération mondiale et d’éviter que les tensions énergétiques qui se profilent autour de 2015-2020 ne dégénèrent en conflits mondiaux et autres effondrements économiques, pour un coût qui dépassera
très largement 2 % du PIB. Nous avons aussi une chance de préserver la viabilité de la planète en contrôlant nos émissions de CO2 et en évitant d’aggraver le changement climatique qui se dessine.
Mais ces décisions sont impossibles à prendre tant que les choix politiques ne resteront conditionnés que par le seul souci du pouvoir d’achat à court terme. Jusqu’à quand le consommateur d’aujourd’hui dictera-t-il sa loi au citoyen, au politique… et au consommateur de demain?
L’ensemble de ces analyses est assez facile à comprendre intellectuellement, mais beaucoup plus difficile à croire et à réellement intégrer dans nos schémas de pensées. Pour construire le nouveau monde énergétique, il reste à dénouer deux difficultés, qui ne seront pas les plus faciles. L’une concerne le consommateur: « il n’est pas contraire à la raison de préférer la destruction du monde entier à une égratignure de mon doigt » (23). L’autre concerne le citoyen: « tout le problème vient de ce que nous ne croyons pas ce que nous savons » (24)
Il n’y a pas de solution "immédiate", de porte de sortie à portée… le problème est pour dans moins de 10 ans, et entre le labo et la maison il faut compter 30 ans minimum pour un procédé industriel. D’ou la question du timing soulignée par le directeur de recherche d’EDF.
Pour l’instant nous n’avons RIEN pour conserver les voitures, et avions au niveau actuel. On peut faire du co-voiturage, réserver l’avion pour les militaires et utiliser plutôt des bateaux et trains pour les transports de marchandise, mais clairement les transports sont a moins de 10 ans d’un gros changement. C’est la fin des voitures lourdes, et rapides et probablement des camions. La petite voiture de ville en libre service "autolib" pourra peut-être survivre, et pendant un temps l’autopartage.
Pour les maisons on peut mieux s’isoler, utiliser le chauffage solaire. C’est faisable. Il reste la question : le ferons nous ? qui a les moyens de refaire l’isolation de sa maison ? qui peut se payer des panneaux solaires pour chauffer son eau ?
Les inconnues :
comment les mentalités vont elles s’adapter ?
les retraites, le chômage, la sécu ?
nourrir tout le monde ? (quel pays pourra faire la transition a temps ?)
la finance mondiale et le système de dette ?
Le problème c’est qu’une société a une grosse inertie. On ne change pas tout de fond en comble juste par un trait de plume, en allouant des crédits ici ou la.
Pour moi le plus gros point noir dans l’histoire … c’est que le prochain président ne va pas du tout s’occuper de tout ça. Et quand la situation deviendra intenable, il sera trop tard. Le plus gros sujet d’inquiétude est bien la. Si la politique est un miroir de la société, alors nous sommes aveugles, collectivement parlant. Rien ne sera fait dans les 5 prochaines années qui sont pourtant notre dernière chance en la matière. Après, il sera trop tard. En fait, il est déjà trop tard. On a déjà dépassé le seuil de la transition "douce", mais on pourrait encore s’en tirer avec un gros effort de dernière minute.
Il faut bien comprendre que depuis le premier choc pétrolier, les gouvernement et les industriels sont très actifs dans le domaine "alternative au pétrole". La voiture électrique a été tentée dès les années 80. Depuis ces années la on réduit notre gaspillage d’énergie. Mais nous sommes pris dans une logique qui nous pousse toujours plus loin dans la fuite en avant. Et depuis 30 ans, nos meilleurs scientifiques n’ont pas trouvé de solution. Maintenant, il va falloir changer de modèle de société, celle ci ne peut plus se perpétuer.
Mais notre société est malade, fragile et lourde, ca va être compliqué de faire un 100m dans ces conditions.
Le GEAB 64 est sorti. Je vais faire mon petit commentaire de leur vision des choses, même si je m’intéresse de moins à moins a leur production. Ce numéro confirme.
La bonne nouvelle ? Flamby sera élu et va développer un partenariat avec les BRICs et renégocier l’appartenance à l’OTAN. Sur la papier sa sonne bien au premier abord. Mais dans le fond … au delà du trip "je joue au LEGO politiques" qu’elle serait la substance de ce partenariat ?
Qu’est-ce que l’Europe, et a fortiori la France à a proposer que les USA n’ont pas ? et que va-t-on obtenir en retour de plus ? Le pétrole est en déclin, on n’en aura pas plus, et le peu qui restera ira aux USA. Les autres se partageront les miettes. Pour l’instant l’innovation est encore vivante aux USA et si solution il y a au pétrole, ça viendra probablement de la bas. Déjà la fracturation montre qu’ils sont capable de trouver des technos qu’on ne trouve pas ici … leur pôle recherche n’est pas bloquée contrairement a nous qui sommes empêtrés dans l’idéologie nucléocrate.
Les NRJ vertes ne seront qu’un pis allé pour ne pas retourner tout simplement au moyen age, mais on ne gardera pas notre niveau de vie. Surtout ici en France, ou on est sur un petit nuage, et que personne ne se sort les doigts … seuls ce qui ont activement anticipé la transition auront encore un peu d’énergie dans 20/30 ans. Déjà dans 10 ans, le monde aura radicalement commencé a changer.
6% d’amélioration de l’intensité énergétique (chiffre ultra optimiste, voire pas du tout réaliste) ne suffiront pas compenser le déclin quand on aura atteint le pic de production pétrolier… mais on a une certaine marge de manœuvre il est vrai vu le gaspillage généralisé érigé en symbole de la richesse.
Donc BRICs … pourquoi pas … mais je ne vois pas bien l’intérêt … A la rigueur la Russie je comprendrais pour ses ressources. Mais la Chine, l’Inde et le Brésil, je ne vois pas trop… quand on voit la tête du Dry Baltic Index.
Je ne vois pas bien qu’est-ce qu’on aurait à proposer de mieux que les USA pour qu’ils échangent préférentiellement avec nous. Notre modèle social que le monde nous envie ? lol Nous n’avons plus de ressources, tout juste un savoir faire … Bon a la rigueur les Allemands ont une industrie de qualité; mais la France … du vin et du fromage ? on va pas aller bien loin avec ça. On ne peut même vanter nos fonctionnaires qui seraient notre meilleure monnaie d’échange dans l’absolu, s’ils servaient à quelque chose d’autre que siphonner la richesse nationale.
Mettez vous a la place des Russe/Chinois : vous avez un européen, et un américain en fasse de vous. Vous savez que les USA ne font pas de cadeaux, mais au moins ils ont des trucs a offrir. Nous on a quoi ?
A la rigueur, on peut avoir un partenariat avec l’Afrique, échange ressources contre savoir faire. Mais au delà, je ‘y crois guère.
Je ne sais pas si vous avez vu passer les news concernant l’annonce faramineuse de 100 ans de gaz disponible aux USA. Le tout avec un prix du gaz en chute libre qui confirme l’annonce. C’est la nouvelle ruée vers l’or aux USA.
Qu’en est-il vraiment ? Les analystes de "TheOilDrum" un blog spécialisé sur l’énergie avec des très bonnes infos nous donne son avis :
Résumé : les 100 ans concernent les "ressources", les réserves, c’est à dire les ressources commercialement exploitables, il y en a au mieux pour 25 ans. Ensuite, il faut bien comprendre que ce gaz, c’est du gaz de schiste, donc très très coûteux en termes environnementaux. Pour avoir un dernier "shoot" les USA saccagent des vastes territoires. Peut-être que eux peuvent se le permettre vu qu’ils ont une densité de populations moindre, mais il n’en reste pas moins que ces terres sont sacrifiées. Ensuite, ce gaz est actuellement vendu à perte, car en fait, c’est une bulle d’investissement du a des prix élevés il y a peu (on est passé de 13$ a 3$).
Les puits horizontaux et la fracturation coûtent beaucoup plus cher, et les puits déclinent plus vite :
Donc, rien n’a vraiment changé. L’énergie pas chère, c’est fini. Et d’ici peu la réalité va revenir en force. Les USA se sont acheté 5 ou 10 ans d’énergie, et probablement dès l’année prochaine il y aura une correction assez violente.
Au contraire même ce qui se passe est symptomatique de la peur croissante liée aux pénuries d’énergies, "on" se jette sur le premier espoir qui passe, on s’y accroche, on veut y croire … en dépit du bon sens. La chute n’en sera que plus dure, Parce que en réalité, ça dit bien ce que ça veut dire : il n’y a pas d’alternative sinon des mauvaises solutions !!!
Ajout 17/01/13 : il semblerait qu’en fait les gaz de schistes profitent d’une fiscalité généreuse, ce qui explique le boom des investisseurs dans ce domaine, puisque, sans croissance, le meilleur de gagner de l’argent, c’est la defiscalisation.
(Ajout 28/04/12) Thierry Gaudin, auteur du libre "2100, récit du prochain siècle" et ingénieur des mines confirme la période difficile de fin du moyen age. Cette thèse aurait été démontrée. Nous ne sommes pas d’accord sur la vitesse de déclin pétrolière, mais sa vision du siècle à venir n’en reste pas moins plausible et intéressante à tout point de vue.
Le déclin annoncé serait-il une première historique ?
Le progrès est éternel, de tout temps, l’homme n’a cessé de progresser. Les civilisations ne disparaissant que pour donner naissance à d’autres. C’est ce qu’on nous apprends à l’école. Si l’accumulation des connaissances et savoir faire est indéniable, il n’est pas dit qu’il n’y ai pas eu quelques "loupés" en cours de route. Loupés qui peuvent durer plus ou moins longtemps, le temps qu’on trouve une solution de remplacement.
J’ai déjà abondamment parlé du pic pétrolier, et de l’absence de solution immédiate. Notre système s’essouffle et la crise économique n’est pas un hasard. 1979 est un tournant, c’est le pic mondial de production du pétrole conventionnel onshore (sur terre), vous le constaterez dans les commentaires économiques, comme par hasard, tout le monde dit "les dérives ont commencées il y a 30 ans", qu’on parle de corruption, de déficit public, de dette, de bulles, et de tout ce que vous voudrez comme problèmes. Le pétrole abondant en croissance exponentielle c’était pour les 30 glorieuses.Depuis nous avons eu les 30 piteuses, et maintenant nous entamons les 30 calamiteuses.
Depuis 1979 on remplace le pétrole "pas cher, de bonne qualité et facile d’accès", par du pétrole difficile à exploiter, de moins bonne qualité, pour lequel on détruit la nature massivement(je n’exagère pas). Pour l’instant la production augmente encore. Cependant, nous avons déjà passé plusieurs pics : le pic halieutique (du poisson), le pic uranium, le pic calorifique du charbon, le pic du pétrole conventionnel (en 2005, comme par hasard, juste avant la crise des subprimes), le pic santé, etc… J’ai expliqué que nous avons même passé le pic électrique. C’est la loi des rendements décroissants bien connue en économie.
Alors la question naturelle qui se pose : est-ce que c’est déjà arrivé ? est-ce que le développement de la civilisation a déjà butté sur un problème insurmontable ? Quand je dis insurmontable, je parle de le surmonter suffisamment rapidement pour qu’il n’y ai pas trop de morts, car bien sûr, un jour ou l’autre quelqu’un trouvera une solution.
C’est déjà arrivé ! oui oui
Et la réponse est certainement oui. Il y a quelques cas plus ou moins connus, mais relativement anecdotiques :
la disparition mystérieuse des mayas. L’effondrement de surexploitation est une hypothèse, mais sans certitude.
L’île de Pâques, semble elle aussi avoir connu des déboires. Mais ce n’est qu’une petite île.
L’île de Nauru pourrait préfigurer ce qui nous attend : surexploitation, effondrement, maladies
Mais il y a un cas, Européen, qui montre que le progrès n’a pas toujours été une croissance infinie. Bien au contraire. La fin du Moyen Age a été un long tunnel noir de régression/stagnation pendant plus d’un siècle (4 ou 5 générations) avant qu’une solution ne soit trouvée suite à une crise de surexploitation. Nous pourrions connaître exactement la même chose avec la fin du pétrole.
La crise démarre en 1314. Sur la courbe de population, on ne voit qu’un petit "bump" :
Pourtant d’un point de vue humain, cela a été bien plus terrible qu’il n’y paraît. En 1314 meurt le dernier des capétiens directs et commence la "grande crise" de la fin du Moyen Age qui voit mise en place d’un état "moderne" en 1498.
Tout démarre par une crise de surexploitation, probablement aggravée par le mini age glaciaire (en 1275) déclenché par une série d’explosions volcaniques. La biomasse a connu un pic, comme le pétrole en connaît un aujourd’hui :
At the end of the 13th century, Europe’s forest coverage, as historic data sources show and isotopic analyses of sediments confirm, was as low as approximately 10% of its total land mass. Today, 38% of the EU countries’ surface is covered with forests, up from 25% only 50 years ago. At the same time, today’s population in the EU-27 countries stands at close to 500 million, whereas at the peak in medieval times (between the years 1300 and 1350), Europe was inhabited by 70-100 million people.
Back then, the continent was reaching its biophysical limits for supporting humans in a biomass-based economy, and after the last marginal spots of land were put to use for farming, there was little that could provide any more sources for food, fire and construction wood for a thriving and quickly growing society. The discovery of fossil fuels and the New World were still things of the future. A few poor harvests led to famines in the 14th century all across Europe, and when an already undernourished and thus weakened population was exposed to the black plague, Europe’s population shrank by 35-50% (depending on sources) within less than a century. Things only improved once untapped resources in America were discovered, and new trade routes opened. So clearly, back then, there wasn’t enough sustainably growing biomass for a fraction of the people living today.
La crise de fin du moyen age était une crise technologique similaire à la notre, suite à développement de la forge et de nouvelles techniques d’exploitation de la terre (la charrue) qui avaient permis une augmentation rapide de la production agricole, et donc de la démographie :
Ma première réaction : la démographie. Il faut avoir en tête la courbe du Moyen-âge. Entre 1100 et 1300, la population européenne triple, jusqu’à 40 habitants au km2, grâce à d’importants progrès techniques : les socs de charrue en fer, la sélection des semences, les premières proto-usines utilisant l’énergie hydraulique (moulins), etc. Le gouvernail arrière arrive de Chine – on le voit la première fois en 1242 dans les villes de la Ligue hanséatique, mais c’est le Portufais Henri le Navigateur qui va généraliser son usage sur les Caravelles, depuis l’Algarve, d’où sortiront Vasco de Gama, Christophe Colomb et compagnie – dans l’idée de la traversée transatlantique. Jean Guimpel décrit tout ça fort bien dans « La révolution industrielle au Moyen-âge » (Seuil, 2002). Donc explosion démographique et grande prospérité… ce qui est notamment du aussi au fait que la classe dirigeante était partie aux croisades ! Privés du bras séculier qui obligeait les impôts à rentrer, les monastères avaient dû se tourner vers la technologie pour ne pas dépérir. Stimulant les copistes, ils s’étaient mis à échanger leurs expériences, notamment sur la sélection des semences. D’où une augmentation de la productivité et, en dépit des Capitulaires de l’an 900 qui interdisaient le marché, un début de grenouillage monétaire… avec de « petites pièces d’argent noir », comme dit très bien Georges Duby. Et donc, l’activité économique s’est développée et la population a triplé en deux siècles. Si bien que, vers 1300, on a l’impression d’être dans un monde plein, Pierre Chaunu le dit assez bien : la technologie de l’époque donne le maximum de ce qu’elle peut donner, elle ne peut pas nourrir plus de 40 habitants au km2. En 1316, après un aléa climatique, arrivent les premières famines. Et en 1348, la grande peste tombe sur une population déjà affaiblie. Ce fléau sera récurrent jusqu’en 1475. C’est le grand déclin et la population va être divisée par deux. Ce qu’on appelle la Renaissance, c’est la sortie du tunnel, la fin du grand déclin de la fin du Moyen Age ! Or, nous ne sommes pas du tout dans ce profil démographique aujourd’hui, puisque, depuis 1900, la population a été multipliée par six ! On est en haut de la courbe. Par ailleurs, pourquoi la Renaissance a-t-elle été possible aux XV°-XVI° siècles ? Parce que le rapport entre ressources naturelles et population avait été rééquilibré. Les forêts avaient repoussé – par jachère obligée. Et on avait conservé le know how des techniques du XII° siècle. Les techniques que les fameux ingénieurs de la Renaissance, Brunelleschi, Valturio, Francesco di Giorgio Martini ou Léonard de Vinci, vont mettre en forme sont celles du XII°.
Les famines qui s’en suivirent ont débouché sur la Peste noire (1347-1352, 35 a 50% de la population en moins) et sur une guerre célèbre : la Guerre de Cent Ans qui couvre une période de 116 ans (1337 à 1453). Peu importe les raisons ou les justifications que se sont données les hommes à l’époque ou celles des historiens, je pense que c’était avant tout dû au fait qu’il n’y en avait plus assez pour tout le monde, tout simplement. Les guerres n’étant finalement qu’un moyen de régulation, avec les pandémies.
La crise de surexploitation a été précédée par une crise financière, qui ressemble beaucoup à la notre. Les banques qui spéculent et s’en mettent plein les poches et sont accusées de tous les malheurs. Mais s’il n’y a plus de quoi nourrir tout le monde, les banques ont bon dos même s’il est vrai que les inégalités exacerbent les choses. Tout comme aujourd’hui en fait. Si les ressources étaient mieux réparties, il y aurait moins de misère et de révoltes. Cependant, ça ne changerait pas la donne au final. La crise s’est finalement arrêtée avec le développement de nouveau savoirs et techniques qui ont permis de découvrir un nouveau continent à exploiter :
1492 Christophe Colomb découvre l’Amérique, 1434 la caravelle permet de nouvelles explorations, et l’introduction de la patate en europe
Et depuis ce temps, nous profitons d’un progrès quasi-ininterrompu (même les guerres mondiales passent quasi inaperçue sur les courbes démographiques) : le charbon (train) puis le pétrole (voiture).
Quel rapport avec aujourd’hui ?
Alors ou en sommes nous aujourd’hui ? Le club de Rome confirme l’imminence du désastre. La population n’a pas commencé a décliner. Mais pourtant son taux de croissance lui décline fortement déjà :
Ça c’est en valeur absolue, et valeur relative (en pourcentage de l’année précédente) ça nous donne :
Mais, tel que, ça pourrait simplement vouloir dire que la population mondiale se stabilise et pas du tout qu’elle est au bord du gouffre. Et bien il n’en est rien : la production de céréale par personne diminue depuis 1985 :
On pourrait croire qu’on à de la marge, et que revenir aux années 1960 ne serait pas mortel, mais les sols sont épuisés comme nous l’explique Claude Bourguignon :
Ce qui est confirmé par le pic de production de phosphore qui plus est :
Plutôt que d’utiliser intelligemment la nature nous nous substituons à elle, un peu comme pour les abeilles qui disparaissent, nous polenisons à leur place maintenant. Mais cela coûte cher. De plus en plus cher.Et nous sommes à la limite. Le retour de manivelle risque d’être très violent, car nous avons abîmé beaucoup de choses et compensé grâce au pétrole. Pétrole qui vient à manquer. D’ici 10 ou 20 ans la situation risque d’être beaucoup plus grave qu’un simple retour en arrière …
Tout ceci vous montre que les émeutes de la faim de 2007-2008 ne sont pas du tout un accident, un hasard, mais bien au contraire, des signes annonciateurs. De même que les révolutions arabes. Les Arabes ont supporté leurs dictateurs tant qu’ils avaient du travail et à manger. Mais la hausse du prix du pétrole et les biocarburants ont changé la donne.
Vous l’avez compris, ce n’est que le début. La guerre mondiale qui se profile avec l’Iran, risque d’être une longue guerre de contrôle des ressources. Les pandémies n’ont pas encore commencé, mais l’OMS les craint et ce n’est pas pour rien. Quand les gens sont mal nourris, les corps résistent moins bien aux agressions et les épidémies peuvent se répandre. D’ailleurs la ré-apparition de la tuberculose en région parisienne n’est qu’un signe de plus.
A ce stade vous vous classez soit parmi les optimistes qui se disent "le génie humain trouvera une solution", et vous pensez à la pile à hydrogène, aux algues bleues ou autres reportages que vous avez vu sur TF1 pour vous endormir, soit vous êtes pessimiste, les animaux disparaissent, on est foutu, etc…
Et toutes les inventions qui n’attendent que leur tour alors ?
Je vais essayer d’ouvrir un peu les perspectives. Il y a des solutions à la crise énergétique. Pour simplifier je les classerais en 2 grand types :
les énergies centralisées : les centrales au thorium, les algues bleues, ITER, l’hydrogène
les décentralisées : les nano-énergies, les virus producteurs d’électricité, etc…
Dans le premier cas, les recherches se heurtent à des difficultés de coût et de scalabilité et de faisabilité. Aucune solution n’est envisageable à grande échelle dans l’immédiat, comme je l’ai montré ici plusieurs fois. Par exemple, les voitures électriques utilisent des "terres rares" pour les batteries hautes performances, et comme leur nom l’indique, les terres rares sont … rares. Tout le monde ne pourra pas rouler en électrique, loin s’en faut ! Ou bien, les recherches aboutirons peut-être dans 50 ou 100 ans … (ou peut-être on trouvera un moyen d’exploiter la Lune ?) quand il sera trop tard, d’ici là les crédits recherches n’existeront plus (ils ont déjà commencé à diminuer). Le peu de ressource qu’il restera seront gardées pour la survie. Entre temps on sera retourné dans un "âge des ténèbres", avec 20 ou 50% de population en moins.
Dans le 2ème cas, la difficultés majeure réside dans le modèle commercial (inventing is the easy part). La plupart des solutions qui existent, une fois mises sur le marché, ne sont pas "contrôlables". Le virus qui produit de l’électricité, il est très facile de le reproduire dans une éprouvette et d’en donner "un peu" au voisin qui aura lui même son propre producteur d’énergie sans acheter quoi que ce soit. Aucun industriel ne voudra vraiment investir la dedans, car il ne pourra en tirer aucun profit. Du coup, ce sont les universitaires et quelques fondus (geeks) de science qui s’occuperont de ceci de celà , sans vraiment avoir de crédits. Je garde un oeil sur ces inventeurs fous, mais il ne faut pas se faire d’illusions.
Donc les solutions sont à notre portée, mais je crains, très sérieusement, qu’elles ne verront pas le jour avant l’effondrement (quelque soit la forme qu’il prenne)… peut-être après si nous avons de la chance et que nous avons su préserver les bons savoirs …
Je crains fort que l’épisode 1314 ne soit déjà en train de se renouveler.
Pourrais-t-on rouler a l’éthanol de maïs ? petit calcul de coin de table pour avoir un ordre de grandeur et pour savoir si cette "énergie renouvelable" est utilisable à grande échelle. Prenons le cas français.
Un français consomme 2,26l d’essence par jour, soit 825l par an. Pour les produire il faudrait 2012 Kg, soit 2 tonnes de maïs, et donc 0,225 ha de surface par personnes.
Pour 14000km (soit environ 40km par jours), à 5l au 100km, ça nous fait : 700l par an. Ça colle en ordre de grandeur.
Surface totale pour produire pour tous les français : 14.7 millions d’ha, soit 0,147 millions de km2, 147 mille km2, soit la moitié de la surface agricole utile, 15 fois la superficie de la gironde, 1/4 de la superficie de la France.
A ce stade du calcul, on pourrait presque dire "Oui", même si bien sûr cela modifierait l’équilibre économique : on n’exporte plus ou beaucoup moins de céréales, mais on n’importe plus de pétrole. L’un dans l’autre … En gaspillant moins on pourrait être gagnant. Et en espérant ne pas avoir de mauvaises récoltes ! lol
Mais … pour produire l’éthanol de maïs, il faut un tracteur. Et ce tracteur consomme lui même de l’essence, ou de l’ethanol. Ce qui modifie le calcul :
L’EROEI de l’ethanol est 1.2 (dans le meilleur des cas, certains donnent moins que 1), ce qui signifie que pour 1l d’éthanol il faut prévoir 5X plus de surface. Donc, on passe a 1ha par personne, et surtout à 2 à 3X la surface agricole utile. (je retombe à peu près sur les résultats de Jancovici ce qui est rassurant)
La SAU française représente environ 29 millions d’hectares, soit 54 % du territoire national. Elle se répartit en terres arables pour 62 %, en surfaces toujours en herbe pour 34 % et en cultures pérennes pour 4 %. http://fr.wikipedia.org/wiki/Surface_agricole_utile
Dans le cas de la France, par exemple, Jean-Marc Jancovici calcule que, compte tenu des consommations intermédiaires par l’activité agricole et pour les productions actuellement maîtrisées (colza, betterave, etc.), la production des 50 Mtep actuellement utilisés pour les transports sous forme de biocarburants nécessiterait une surface agricole supérieure à la surface totale du pays http://www.manicore.com/documentation/carb_agri.html
244Kg de maïs pour 100l d’éthanol
11.25 hectares pour 100T de maïs grain, 1ha = 8.88T de maïs
A la faveur d’une lecture, j’ai repris un vieux sujet que j’avais laissé un peu de coté, faute de données (à l’époque).
Le pétrole (c’est une simplification approximative) c’est l’énergie "primaire", "brute", alors que l’électricité, c’est l’énergie d’usage, finale. Le pic pétrolier est important à surveiller, notamment le pic de consommation d’un pays donné, mais son pic électrique aussi est à surveiller de près. C’est lui, en quelque sorte, l’indicateur ultime (en première approximation) du pic énergétique !
Hors, il se trouve (on manque un peu de recul, mais vu le reste du contexte énergétique, ce n’est probablement pas juste un petit rebond) on vient de le franchir :
Consommation électrique aux USA : on voit que mis à part le bump de la bulle internet et du bug de l’an 2000, la trajectoire est une droite, qui maintenant descend (et la, c’est la consommation totale, sans être divisé par le nombre d’habitants, ce qui signifie qu’en réalité ca baisse beaucoup plus nettement)
Consommation globale mondiale par habitant : la c’est très net, une belle ligne droite, qui touche un sommet et retombe. On verra avec le recul si ça nous fait un plateau ondulé. Le pic est en 2008. 3 ans seulement de décalage avec le pétrole.
Rappel : le pic pétrolier (un graphe parmi d’autres), juste avant la crise, comme par hasard :
Et maintenant le pic électricité :
On voit clairement la chute de consommation électrique, notamment dans les pays occidentaux, et encore plus si on regarde "par tête de pipe".
Une confirmation de plus que le pic est atteint !
Pour terminer voici ce qu’on peut trouver dans les données officielles (j’ai du faire une capture d’écran, je ne peux pas me lier a l’image directement) :
On voit la même chose, à partir de 2012 la consommation diminue, mais le nombre de personnes augmentent, donc la part de chacun diminue d’autant plus. Même la consommation de Chine dopée aux hormones s’infléchit … c’est tout dire ! Et cela dans un contexte d’argent gratuit, avec des taux super bas, et donc en principe une croissance boostée elle aussi …
On est pied au plancher, et pourtant on ralentit !
Vous pouvez aller regarder ici pour la France et l’Angleterre.
(Ajout 27/02/12) Ca tombe à pic : l’Angleterre décide de diminuer les éclairage des autoroutes la nuit ! Comme par hasard.
(Ajout 27/03/12) Confirmation du pic électrique en Europe.
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contrairement à beaucoup de blogs qui sont spécialisés dans un domaine particulier, j’ai choisi à l’inverse d’aborder toutes sortes de sujets. Ce qui relie le tout c’est la soif de connaissance, le fait que tout est relié (du moins dans mon esprit), et aussi l’utilité pragmatique des information réunies pour la vie de tous les jours. En découvrant l'envers du décors de notre société on prends conscience qu'on est dans une sorte de Matrice qui à finalement plusieurs points communs avec celle du film, sans être similaire pour autant.
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